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  • UNE MODE INSPIREE PAR L'EPOQUE TANG (de618à907)

    Qingdao Fashion Week: un souffle provenant de la dynastie des Tang

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    Le 15 juin, des mannequins en train de présenter les dernières creations inspirées des costumes de la cour impériale de la dynastie des Tang (618-907), lors de la Qingdao Fashion Week qui se déroule actuellement à Qingdao, ville côtière située dans la province du Shandong.

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  • DE LA CHINE,DE LA FEMME,DE L'ART.

    Pilonner le tissu, chef-d’œuvre de la dynastie des Tang
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    L’art au féminin

    HUO JIANYING

     

     

    Autrefois, les Chinoises étaient reléguées aux tâches domestiques, mais ce désavantage a tout de même donné naissance à un art typiquement féminin dont la nation toute entière tire maintenant fierté.

    GUAN Zhong (env. 725–645 av. J. C.), politicien, réformateur et premier ministre en vue de l’État de Qi (pendant la période des Prin-temps et Automnes 770–476 av. J.-C.), a clairement défini la division traditionnelle du travail entre hommes et femmes qui existait il y a 2 600 ans : « Un paysan a une tâche constante et une femme a une corvée constante; si un paysan ne cultive pas la terre, il y aura des gens affamés, et si une femme ne tisse pas de vêtements, il y aura des gens qui n’auront rien pour se tenir au chaud. » Pendant des milliers d’années, cette division du travail a satisfait les besoins humains essentiels et a soutenu la société agraire de la Chine féodale, posant la base à partir de laquelle la culture chinoise et le confucianisme se sont développés.

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    Vêtement brodé pour la poitrine

    Au commencement de cette société dans laquelle « les hommes cultivaient la terre et les femmes tissaient », les produits du tissage des femmes et de leurs activités connexes étaient désignés sous le nom de « travail féminin », soit nügong, en chinois. Plus tard, le caractère gong qui signifie « travail » dans cette expression a été remplacé par un homonyme plus raffiné se rapportant à l’art féminin. L’« art féminin » comporte une connotation sociale élargie de la condition féminine, allant des compétences domestiques de base exigées des femmes pour la survie de l’espèce humaine, jusqu’aux qualités morales, artistiques et de caractère qu’exigeait une société plus sophistiquée.

     

    La source d’inspiration d’une peinture ancienne

     

    Pilonner le tissu est une œuvre de Zhang Xuan, un artiste de la cour de la dynastie des Tang (618-907) qui excellait à dépeindre la vie des femmes. Plusieurs de ses œuvres, dont celle-là, reflètent la vie des aristocrates féminines. Pilonner le tissu dépeint l’une des tâches quotidiennes qui constituaient le « travail des femmes », il y a 1 300 ans. Le pilonnage était le dernier processus du tissage. Lorsque la soie, la toile ou le coton venaient de sortir des métiers, le tissu était raide et devait être bouilli, blanchi, pilonné et repassé, avant qu’il puisse être utilisé pour confectionner des vêtements.

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    Oreiller de style campagnard, avec un trou pour l’oreilleBourse brodée

    Il y a douze femmes dans la peinture. D’après leurs beaux vêtements et leur allure distinguée, ce sont des dames de la cour ou des femmes de familles bien nanties. Elles forment une équipe effectuant trois opérations. Quatre forment le groupe qui pilonne, dont deux martèlent très fort le tissu, alors que les deux autres s’affairent à regarder, comme si elles reprenaient leur souffle. Dans la section centrale, il y a deux femmes; l’une trie des fils, alors que l’autre est en train de coudre. Puis, un autre groupe, composé de cinq femmes et d’une enfant, représente la tâche du repassage : l’une entretient un feu de charbon de bois, trois s’appliquent à étirer une pièce de tissu à l’extérieur, pendant que l’autre est en train de repasser; la petite fille s’amuse en courant.

    Une telle division des tâches n’était toutefois pas courante dans les familles ordinaires, parce que cela exigeait une vaste aire de travail et plusieurs mains. Habituellement, les ménagères exécutaient le travail indépendamment et préféraient pilonner après la confection, puisque, lorsque l’espace était restreint, pilonner des vêtements était beaucoup plus facile à faire par une seule personne. C’est en soirée que celles-ci confectionnaient des vêtements pour leur famille et les pilonnaient; durant le jour, elles prenaient soin de leurs enfants et exécutaient d’autres corvées domestiques. Un vers de Li Bai, grand poète de la dynastie des Tang, décrit ce volet de la vie à cette époque : « Quand le clair de lune enveloppe Chang’an, le son du pilonnage des vêtements se fait entendre dans des milliers de familles. »

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    Pochette brodée d’un doudu (sous-vêtement couvrant la poitrine et l’abdomen)Chapeau d’enfant en forme de tigre avec cache-nuqueChaussures brodées en soie

    En fait, confectionner des vêtements était non seulement la tâche des femmes au sein de la famille, mais également leur responsabilité sociale. Elles cousaient des vêtements d’hiver pour leurs fils, leurs frères ou leur mari qui avaient été recrutés pour le service militaire, et elles fournissaient des uniformes militaires à l’État comme impôts et prélèvements en espèces.

    Les familles impériales et aristocratiques ne faisaient pas exception, car l’agriculture et les textiles formaient les priorités ultimes de la classe dirigeante. À partir de la dynastie des Zhou, il y a 3 000 ans, les femmes de la cour s’adonnaient à la sériciculture et fabriquaient du tissu et des vêtements en soie. À titre de modèle suprême des femmes, l’impératrice jouait le rôle principal dans cette fonction afin d’encourager toutes les femmes à bien remplir le rôle qui leur était imparti.

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    Broderie miao dépeignant la mythologie de cette ethnie.

    Cette tradition s’est poursuivie durant la dynastie des Tang, alors que les femmes de la cour impériale – servantes et épouse et concubines de l’empereur – confectionnaient des vêtements d’hiver pour les soldats à la frontière; cela faisait partie de leur tâche quotidienne. Pendant le règne de Kaiyuan (au début du VIIIe siècle), comme manifestation de la bienveillance impériale, l’empereur Xuanzong expédia une série de vêtements d’hiver confectionnés par la famille impériale à une garnison stationnée à la frontière. Un soldat trouva même un poème dans la longue robe doublée de coton qu’il avait reçue. Le poème exprimait le sentiment d’une jeune femme pour un homme qu’elle ne connaissait pas, mais pour qui elle avait cousu le vêtement en y mettant tout son cœur; il se concluait par ces mots : « Nous passons cette vie en purs étrangers, mais puisse le destin nous unir dans la prochaine vie. »

    Puisque toutes les servantes de la cour étaient en théorie les femmes de l’empereur, le soldat n’osa pas dissimuler l’affaire, et il remit ce poème à son commandant qui le réachemina à l’empereur Xuanzong. Ce dernier fit afficher le poème à la cour et promit qu’il ne punirait pas l’auteure si elle avouait ouvertement. Une servante admit avoir composé et envoyé ce poème et demanda la sanction de l’empereur. Faisant preuve de bienveillance, Xuanzong maria la servante au soldat qui avait reçu ce poème, en disant qu’il voulait qu’ils soient unis durant cette vie-ci. Quand la garnison à la frontière eut vent de cette histoire, tous les soldats en furent très émus. Plus tard, ce poème fut inclus dans la Collection complète de poésies de la dynastie des Tang (le Quan Tang Shi, compilé en 1706, sur les ordres de l’empereur Kangxi des Qing). Il a été intitulé Poème dans la robe et son auteure a été identifiée comme une « servante de la cour durant le règne de Kaiyuan ».

     

    La naissance de l’art féminin

     

    La Chine ancienne classait les qualités désirables que devait avoir une femme en quatre catégories : moralité, bonne élocution, comportement exemplaire et compétence en artisanat (ou dans les tâches féminines). Ces qualités étaient connues comme le groupe des « quatre vertus ». Au début, ces vertus faisaient l’objet des notions que toutes les femmes de la cour et de l’aristocratie devaient apprendre et observer, mais plus tard, ces vertus se sont infiltrées dans la vie des familles ordinaires, qu’elles soient riches ou pauvres. En tant qu’aspect admirable de la féminité, la maîtrise de l’artisanat a toujours été valorisée dans la Chine impériale, non seulement comme moyen de subsistance, mais également comme critère par lequel on pouvait évaluer la personnalité et la culture d’une femme.

    Au fur et à mesure que les compétences en artisanat des femmes s’amélioraient, leurs produits gagnaient en qualités artistiques et esthétiques. C’est ainsi que le « nügong, en tant que travail » a été peu à peu remplacé par le « nügong, en tant qu’art ». Dans les époques anciennes, les fillettes commençaient à apprendre « l’art du nügong » dès leur très jeune âge. Le Nü Er Jing (Classique à l’intention des jeunes filles), un écrit populaire en rimes à trois caractères, dont l’origine peut remonter aux environs de la dynastie des Ming (1368-1644), conseille aux jeunes filles de se retirer dans leur chambre pour faire des travaux à l’aiguille après leurs ablutions matinales. Aussi, lorsqu’elles devenaient adultes, à 11 ans, après avoir aidé à faire la cuisine pour la famille, elles devaient passer le reste de la journée dans leur chambre à faire de la couture.

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    Pelotes à aiguilles en tissu

    Année après année, avec l’aide de sa mère, une jeune fille célibataire faisait des travaux à l’aiguille pour remplir le coffre de son trousseau. Ce dernier comprenait non seulement ses propres vêtements et ses articles d’usage quotidien, mais également des articles pour son futur mari, ses beaux-parents et ses futurs enfants. En effet, puisqu’une jeune fille habile ferait grand honneur à sa famille, pour montrer l’excellence de sa féminité, les entremetteurs présentaient à l’éventuelle belle-famille des exemples soigneusement sélectionnés des travaux à l’aiguille que la jeune fille avaient confectionnés.

    Comme le nügong s’est développé en un type d’art, ses produits ont été de plus en plus nombreux et différents. Ils comprenaient divers aspects des travaux féminins, tels que tissage, teinturerie, broderie, tricot, découpage du papier et patchwork. La broderie était l’art le plus largement appliqué et le plus représentatif de tous.

     

    Chefs-d’œuvre au féminin

     

    La broderie a une longue histoire en Chine. Les objets ayant plus de 2 000 ans qui ont été déterrés révèlent l’artisanat hautement développé des temps anciens. Les élégants motifs aux lignes courbes, exécutés avec des points fins et méticuleux et dans des couleurs harmonieuses le démontrent.

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    Enbouts d'oreillers de style campagnard

    Durant la dynastie des Song, il y a environ 1 000 ans, le travail à l’aiguille était encore plus délicat et subtil, comme le démontre la description qui suit : « Des points minuscules et denses sont bien arrangés de manière à fermer leurs extrémités, leurs fils se composent d’une ou deux fibres de soie et l’aiguille utilisée est fine comme un cheveu. » Des travaux d’un tel raffinement ont surgi peu à peu à partir de la broderie faite pour l’usage quotidien qui est alors devenue un art ornemental intellectualisé. Cependant, ces travaux raffinés étaient rares. La majorité des articles brodés étaient encore des produits populaires à usage courant, exécutés par des femmes au foyer et des fillettes.

    Les broderies populaires comprennent les vêtements, les articles d’usage courant (nappes et literie) ainsi que les articles pour le trousseau et pour les offrandes. Les vêtements et accessoires, en particulier pour les femmes et les enfants formaient la plus grande partie des articles confectionnés. Les broderies incluaient des motifs de bon augure (oiseaux, autres animaux et fleurs), ainsi que d’autres images qui suggéraient le bonheur, la fortune, la paix et la longévité. Il y avait également des motifs tirés de contes folkloriques et de pièces de théâtre.

    Le doudu (sous-vêtement couvrant la poitrine et l’abdomen) brodé vaut une mention particulière comme sous-vêtement chinois caractéristique, tant pour les enfants que pour les adultes. En Chine, selon la théorie traditionnelle sur la santé, le ventre serait la partie du corps la plus susceptible de prendre froid, de sorte qu’il a besoin d’une protection supplémentaire. Le doudu a la forme d’un diamant ou d’un carré. Un cordonnet formant une boucle permet de le passer autour du cou, et deux autres cordonnets, de l’attacher à la taille. Le doudu des mariées est rouge et brodé de motifs de lotus, de pivoines, de phénix ou de canards mandarins.

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    Doudu brodés

    Beaucoup d’efforts étaient consacrés à la broderie des oreillers, car les gens avaient la tête sur l’oreiller plus ou moins le tiers de la journée. Les oreillers anciens étaient rectangulaires ou en forme de tube, leurs extrémités étant fermées par un tissu brodé, carré ou rond, appelé embouts d’oreiller. Afin de bien démontrer le plein accomplissement de leur féminité, les jeunes filles devaient en broder beaucoup pour leur trousseau qui serait exposé dans leur chambre nuptiale. On brodait également des « oreillers pour oreilles » : une sorte de coussin avec un trou au centre pour recevoir l’oreille quand la personne dort sur le côté.

    Les femmes des ethnies minoritaires faisaient aussi beaucoup de broderies. Dès quatre ou cinq ans, les fillettes miao commençaient à apprendre la broderie avec leur mère, et leurs travaux étaient la plupart du temps improvisés, sans modèle préétabli. La broderie des Tu qui vivent sur le plateau du Qinghai est représentative de la féminité particulière des femmes de cette ethnie minoritaire.