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  • Retour des têtes de lapin et de rat en bronze 153 ans après avoir été pillées en Chine par les armées anglo-françaises

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    François-Henri Pinault, milliardaire français, a restitué vendredi à la Chine deux têtes en bronze (une de lapin et l'autre de rat) qui faisaient partie de la fontaine zodiacale de l'ancien palais d'Eté, ou Yuanmingyuan. Ces deux reliques sont enfin rentrées à Beijing, 153 ans après avoir été dérobées à la Chine lors du Sac du palais d'Eté en 1860 par les troupes franco-britanniques.

    Réalisées entre 1747 et 1759, les douze têtes en bronze de la fontaine zodiacale de style européen ont été conçues par les Jésuites Giuseppe Catiglione et Michel Benoist pour le jardin de l'empereur Qianlong (1711-1799).

     

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    Les têtes de lapin et de rat n'ont jamais été séparées après le Sac du palais d'Eté. Selon des archives, la trace de leur premier collectionneur remonte à José Maria Sert, né à Barcelone en 1874, 14 ans après l'invasion de la capitale chinoise par les troupes franco-britanniques.

    Ces deux reliques sont ensuite entrées dans la collection du marquis de Pomereu, avant d'être vendues en 1986 par la Gallerie J.Kugel à Yves Saint Laurent et son compagnon Pierre Bergé. Ces deux derniers les ont conservées dans leur appartement de la rue Bonaparte à Paris.

    Pendant plus de cent ans, les deux têtes ont "demeuré" silencieusement à Paris, jusqu'à leur réapparition publique lors de la vente du siècle de la collection privée d'Yves Saint Laurent en 2009, soit quelques années après le retour en Chine de cinq autres têtes en bronze (tigre, boeuf, singe, cochon, cheval) achetées à prix d'or.

     

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    Le prix faramineux demandé pour ces deux têtes en bronze pillées lors de la seconde Guerre de l'opium, symboles d'une sombre période de l'histoire de la Chine, lors de la vente organisée par la maison Christie's a suscité une immense vague de protestations en Chine.

    Le collectionneur chinois Cai Mingchao a fait à cette occasion l'acquisition de ces deux reliques au prix de 30 millions d'euros avant de déclarer par la suite son refus de verser cette somme. Les deux têtes sont alors retournées dans les mains de Pierre Bergé, puis dans celles de la famille Pinault qui détient Christie's depuis 2008.

    Accompagnant le président français François Hollande lors de sa première visite d'Etat en Chine, François-Henri Pinault a annoncé le 26 avril son intention de restituer ces deux objets historiques à leur pays d'origine.

     

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    Le lendemain, le vice-directeur du Musée national chinois Chen Lvsheng a déclaré sur son compte microblog que les têtes en bronze étaient plutôt des "robinets" de la fontaine du palais d'Eté que des trésors nationaux.

    "Je crois que son intention n'est pas de sous-estimer, comme d'autres experts, la valeur de ces têtes en bronze en tant que reliques culturelles, mais plutôt d'adopter une attitude critique vis-à-vis du prix déraisonnable de la vente aux enchères", a expliqué Wang Kaixi, vice-président de l'Association des études du palais d'Eté et professeur à la Faculté d'Histoire de l'Université normale supérieure de Beijing.

    Plus d'un million de pièces ont été perdues lors du pillage du palais d'Eté et une grande partie se trouve actuellement à l'étranger, selon Wang Kaixi, citant en exemple un sceau de l'empereur Kangxi (1654-1722) et des épées et armures de son petit-fils, l'empereur Qianlong, qui sont beaucoup plus précieux que les douze têtes en bronze.

     

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    Malheureusement, aucune des reliques chinoises dispersées à l'étranger n'a autant d'importance aux yeux de nombreux Chinois que ces douze têtes en bronze qui ont été très médiatisées.

    Huo Zhengxin, professeur en droit international à l'Université des Sciences politiques et de Droit de Chine, a déploré que la restitution gracieuse des têtes de lapin et de rat ne soit qu'un cas isolé.

    Les conventions internationales relatives au commerce de biens culturels rendent difficile, du fait qu'elles ne sont pas rétroactives, la restitution des reliques à leur pays d'origine, sans parler des codes civils de différends pays, a indiqué M. Huo.

     

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    En outre, la Chine ne dispose pas d'une liste précise des pièces perdues. D'autre part, la contrebande de reliques est encore très importante, ont avoué plusieurs experts chinois.

    Le retour des têtes de lapin et de rat en bronze n'est pour la Chine que le début d'une longue chasse aux trésors perdus.

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    La vente des deux bronzes chinois volés, en 1860, lors du sac du palais d’Eté, à Pékin, par l’armée anglaise de la reine Victoria et la française de Napoléon III, a fait couler beaucoup d’encre. Doit-on restituer ces ?uvres à Pékin ? Ce serait bien. En tout cas, dès 1861, le grand Victor Hugo a dit ce qu’il fallait dire sur le vandalisme occidental face à une merveille du monde construite par un « peuple presque extra-humain », « une éblouissante caverne de la fantaisie », qu’il compare au Parthénon d’Athènes, aux Pyramides d’Egypte, au Colisée de Rome et à Notre- Dame de Paris. Hugo enfonce le clou : « Nous, Européens, nous sommes les civilisés, et pour nous les Chinois sont les sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie.