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  • LA GUERRE DES CHANGES

    imagescart3gel.1286760917.jpgWashington, 11 octobre 2010

    A entendre les déclarations des dirigeants des pays occidentaux, si les Chinois avaient la bonne idée de laisser le Yuan (également appelé le renminbi) s’apprécier, par exemple de 50%, ce serait la fin des déséquilibres économiques qui menacent les marchés des changes et l’équilibre du commerce mondial.

    Politiquement, c’est astucieux : nos économies ne connaissant qu’une croissance faible, plutôt que d’utiliser les remèdes -parfois pénibles- dont nous disposons pour améliorer notre compétitivité, et donc bien évidemment l’emploi, « il n’y a qu’à » reporter le blâme sur le Yuan. Bref, si  nous, pauvres occidentaux, ne parvenons pas à assurer la croissance dont nous avons besoin pour soutenir l’emploi, c’est la faute des Chinois.

    Il est presque gênant de voir que les Américains enfourchent cette trompette, relayée a leur demande par les Européens lors du sommet Europe Asie de la semaine dernière a Bruxelles

    Hier midi, le Président de la Peoples Bank of China, la banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, a tenté de convaincre son audience de la volonté des Chinois de voir s’apprécier leur devise. La question est donc le rythme auquel cette évolution peut se faire. Connaissant le Président Zhou depuis une dizaine d’annees, je le crois sincère.

    Il serait en effet incorrect de considérer que le succès de l’économie chinoise est universel. Avec plus de 100 millions de Chinois au chômage (9,5% de leur population), les Chinois ont un problème d’emploi à la mesure de celui des États Unis et de l’Europe. Il serait dès lors erroné de croire que la Chine a engrangé des emplois et vit dans une situation confortable engrangeant des emplois à notre détriment. Pour éviter ce qui aurait été une crise économique et sociale, les autorités chinoises ont stimulé leur économie avec succès deux mois après la chute de Lehman Brothers.

    L’économie chinoise arrive au maximum de la puissance de sa locomotive manufacturière. Elle est également confrontée au besoin de développer son industrie des services qui est par définition sensible au cours de changes. En cinq ans le Yuan s’est apprécié de 20% par rapport au dollar. Il fallait 11 Yuans pour acheter un Euro. Maintenant ce taux est aux environs de 9 Yuans.

    Propagande ? Il ne faudrait pas être naïf : la Chine retire incontestablement des avantages de sa politique de changes, mais il serait absurde de lui imputer nos problèmes économiques. D’autant plus que nous en bénéficions également : la Chine est le pays qui dispose des plus importantes réserves de change mondiales. En clair, elle prête au reste du monde, dans leur devise respective, 2.000 milliards d’euros à court et moyen terme. Elle réalise que le renchérissement du Yuan signifierait une perte de change importante sur ces réserves : 20 milliards d’euros pour chaque pourcent d’appréciation du Yuan. Elle ne souhaite pas accentuer cette perte progressive. Et nous, ses débiteurs, devrions avoir un certain respect pour cette situation. A mois que nous préférions émettre des emprunts d’Etat spéciaux pour la Chine, dénommés en Yuan, et prendre le risque de change du Yuan que nous imposons au Chinois.

    Cela étant dit, le Président Zhou n’y va pas par quatre chemins : « notre politique est de diversifier nos réserves » et de déclarer sur sa lancée sa confiance dans l’Euro et l’Eurozone. Quelque part, les Chinois n’ont pas le choix. Ils reçoivent des devises pour leurs exportations et les investissent dans les marchés les plus liquides : le dollar, l’euro et le yen.

    Loin de moi de regarder la situation chinoise avec angélisme. Je m’y rends assez souvent et Galileo Global Advisors opère à travers un partenariat avec la ville de Guangzhou (l’ex-Canton). Nous connaissons la réalité sur le terrain. Elle est loin d’etre idéale et facile. La pénétration du marché chinoise n’est pas chose aisée.

    De là à attribuer tous nos maux au cours du Yuan, il y a une marge qui me semble être franchie en Occident avec une désinvolture qui manque de sérieux et d’intégrité. Ce n’est pas de cette manière-là que nous construirons l’avenir de l’économie mondiale.

    L'auteur de cet article est Georges Ugeux ancien Vice-président de la bourse de New York.

  • REEVALUTION DU RENMINBI? SURTOUT PAS!!!

    Insister pour avoir une monnaie chinoise plus forte n'apportera rien de bon

    Les récentes insistances du Prix Nobel d'économie Paul Krugman pour un yuan plus fort « sont une erreur », et de telles initiatives ne sont un bien ni pour l'économie américaine, ni pour l'économie chinoise, a dit récemment un expert américain dans un article mis en ligne sur le Internet de Forbes.

    Shaun Rein, fondateur et directeur Général du China Market Research Group, une société spécialisée dans les renseignements commerciaux stratégiques, pense lui que réévaluer dès à présent le yuan chinois « Mettrait en danger une reprise économique fragile ».

    Paul Krugman, qui est aussi chroniqueur au New York Times avait écrit récemment dans un article intitulé « Un monde déséquilibré » que la Chine sous-évaluait fortement le Renminbi et demandait au gouvernement américain d'insister pour obtenir une monnaie chinoise plus forte.

    Citant le point de vue de Paul Krugman selon lequel la Chine devait réévaluer le yuan afin de réduire le déficit commercial américain et de donner un coup de fouet à la reprise mondiale, Shaun Rein répond qu'« il vaut mieux pour les affaires américaines en Chine de maintenir le cours actuel du yuan, jusqu'à ce que la reprise mondiale soit mieux assurée ».

    Pour lui, réévaluer le Renminbi ferait perdre des milliards de dollars de pouvoir d'achat aux consommateurs américains, ce qui ferait, fait il remarquer ironiquement, que les fêtes de fin d'année à venir « ne seraient pas aussi joyeuses ».

    Avec un taux de chômage qui atteint 10,2%, le plus haut depuis 26 ans, les consommateurs américains ont déjà assez de mal à joindre les deux bouts, à un niveau jamais atteint depuis longtemps, écrit-il.

    Considérant les conséquences éventuelles d'un Yuan fort sur la Chine, qui n'est pas à l'écart de la crise financière mondiale en cours, M. Rein dit que même une faible réévaluation causerait la fermeture de milliers d'entreprises supplémentaires et des millions de chômeurs en plus.

    « Et cela ne serait bon ni pour la Chine ni pour personne d'autre », dit-il, mettant en garde qu'une éventuelle crise de l'économie chinoise aurait aussi des conséquences sur les exportations américaines vers la Chine.

    « Même si la monnaie chinoise était réévaluée, la production ne ferait que se déplacer vers des pays à coût de main d'œuvre moins élevé comme le Vietnam, elle ne reviendrait pas aux Etats-Unis », a t-il ajouté

    « A moins de réformes structurelles de l'économie américaine, un Renminbi plus fort ne réduira aucunement l'excédent commercial d'une manière significative », a-t-il insisté.

    M. Rein a signalé plus tard que le plus gros problème monétaire dans le monde en ce moment « n'est pas un yuan faible mais un dollar faible ».

    Un dollar faible est dangereux, « car cela veut dire que moins de pays sont susceptibles d'acheter des Bons du Trésor américains et financer ainsi la reprise aux Etats-Unis », dit-il.

    « Un dollar faible n'amènera pas plus d'exportations. Cela ne fera que rendre les produits plus chers pour les Américains », parce que, dit-il, « Les sociétés étrangères se tourneront vers d'autres pays à coût de main d'œuvre moins élevé comme le Vietnam ».

    Dans son article, Shaun Rein a aussi exhorté l'Administration du président Obama à se focaliser sur le renforcement du dollar en acquittant ses propres dettes, au lieu de « perdre son temps » sur le problème du Renminbi.

    Le déficit américain a justement atteint un record pour l'année fiscale 2009 avec 1 420 milliards de dollars.

    Incidemment, de l'autre côté de l'Atlantique, un commentateur financier britannique du très renommé Daily Telegraph a lui aussi écrit un article sur la monnaie chinoise, exprimant un point de vie similaire à celui de son confrère américain. Cet article, intitulé « Il est temps d'arrêter de chercher des noises à la Chine à cause de sa monnaie », a été mis en ligne mercredi dernier sur le site Internet du Daily Telegraph.

    Jeremy Warner critique ainsi la presse occidentale qui, dit-il, se ligue contre la conception chinoise de la réforme monétaire et montre beaucoup de compréhension pour le point de vue chinois.

    Concernant la réévaluation du Renminbi, il pense qu'il est tout à fait normal que la Chine envisage ce problème à son rythme. « Beijing n'ose pas encore aller trop vite dans ce processus du fait d'une demande intérieure en forte hausse ».

    « L'Occident a profité des pays en voie de développement depuis bien trop longtemps », a-t-il dit, appelant à un rééquilibrage des pouvoirs géopolitique et économique pour le salut du monde entier et celui des générations à venir.