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  • NOUVEL AN PLUSIEURS FOIS PAR AN,

    Le Nouvel An plusieurs fois par année.

    Les Mongols, les Daur et les Yao célèbrent le début d'une année au premier mois lunaire ; les Tibétains au onzième, douzième ou premier mois, et les Yi au dixième mois. Voyons un peu comment les choses se passent.

    Les Mongols, autrefois nomades, se sont pour la plupart sédentarisés. Le premier mois de l'année est appelé « mois blanc ». Le blanc est la couleur d'origine et le symbole de la pureté et de la candeur pour les Mongols. A l'époque du Grand Khan (Gengis), on s'habillait de blanc au nouvel an et on échangeait des présents de couleur blanche, symbole de fortune et de bonheur. Selon le récit de Marco Polo, le jour du nouvel an arrivaient dans la capitale des porteurs de tributs par dizaines de milliers, montant des chevaux blancs, suivis de cinq-mille éléphants élégamment ornés et d'une multitude de chameaux aux ornements somptueux. Tous portaient des caisses de trésors en or et en argent pour la cour, et d'objets utiles pour la nouvelle année.

    Aujourd'hui les Mongols offrent aux vieillards, la veille de la fête, le vin d'adieu à l'année ; le jour même, ils se rendent à cheval chez les amis et s'échangent des hada (sorte d'écharpe de soie transparente et légère) en signe d'amitié et de sincérité. Il est d'usage que chaque famille préparer un agneau rôti complet dans l'attente des visiteurs.0013729ad0130ac5049f02[1]

    Chez les Daur, qui vivent au nord-est du pays et dans la région de Tacheng au Xinjiang, le dernier jour de l'année, on fait des offrandes aux ancêtres après avoir nettoyé leurs tombes. Chaque famille nettoie aussi sa maison de fond en comble, tout en laissant devant l'entrée un tas de fumier sec qui sera brulé le soir. Au moment où les feux s'allument devant chaque maison, une atmosphère de chaleur et de joie se répand dans le village. Toute la nuit des lanternes de formes et matériaux variés, même de glace, resteront allumées. Le lendemain, les gens sortent, vêtus de leurs plus beaux habits, pour rendre visite aux parents et amis, échanger des vœux, et offrir du tabac aux vieillards. Dans chaque foyer, on sent la bonne odeur des gâteaux cuits à la vapeur qui attendent les visiteurs. La journée s'achèvera par une soirée de danse à laquelle les jeunes filles participeront en offrant à leur « préféré » un petit sac qu'elles auront brodé pendant l'année.

    Chez les Yao, la fête se célèbre par une « exposition » de ses plus beaux atours. Les filles portent une jupe à motifs floraux et une veste, et des bijoux d'argent. La fête commence par le « spectacle du labour » exécuté par trois jeunes hommes : l'un d'eux est déguisé en buffle, les deux autres en fermiers, portant l'un un soc de charrue l'autre une faux. Ils chantent et dansent ensemble, présage de bonnes récoltes pour l'année à venir.

     

     

    Le Nouvel an des Tibétains est basé sur un calendrier astronomique, une combinaison des calendriers solaire et lunaire. Luosa en tibétain signifie nouvel an, et la date varie non seulement d'une année à l'autre mais d'une région du Tibet à l'autre. La façon de célébrer diffère aussi. Par exemple, à Lhassa, chaque famille trace des dessins de bon augure sur le sol au moyen de chaux ou de cendre. Le premier jour, on ne sort pas. Toute la journée l'on consomme du qingke ou vin d'orge et des spécialités tibétaines comme du boudin, de la viande séchée, du mouton à l'étuvée et des gâteaux faits de lait caillé, sucre et beurre. Le lendemain, on va rendre visite aux voisins et amis, le cruchon de qingke à la main. L'ambiance est joyeuse. Des spectacles ont lieu dans les rues.

    Dans les régions d'élevage, on célèbre pendant une semaine entière. Certaines localités procèdent à la « danse des esprits », une sorte d'exorcisme où les danseurs sont masqués et accompagnés de divers instruments typiques du Tibet.

    Au repas, on consommera la zampa (farine d'orge grillée) traditionnelle, et du riz qui est considéré comme un luxe dans cette région. Les mets abondent : bouillon de viande, pains à la vapeur, galettes farcies, viande de bœuf et mouton, etc. Le soir, les familles se rassemblent dans une des maisons pour danser en groupe, en couple, ou seuls.

    Les Yi sont concentrés principalement dans les provinces du Yunnan, du Sichuan, du Guizhou et le nord-ouest du Guangxi. Le Qingnian jie ou fête de la Jeunesse est le jour où les Yi célèbrent l'arrivée de leur nouvelle année, au dixième mois lunaire. A cette occasion, on abat des bœufs, moutons et porcs dont la meilleure part est offerte en sacrifice aux ancêtres. Les Yi célèbrent en portant des toasts à tout un chacun, en chantant, échangeant des visites pendant la journée de la fête.

     

     

    Outre ces ethnies, dix groupes islamiques de Chine célèbrent le nouvel an selon le calendrier de l'hégire. Les Lisu et les Pumi du Yunnan ainsi que les Oroqen des montagnes du nord-est déterminent les saisons et les fêtes d'après le calendrier naturel des animaux. Pour les Dulong du Yunnan, une nouvelle année commence quand tombe la première neige, tandis que pour les Gelao du Guizhou, le début d'une année est marqué par les nouvelles pousses des arbres.

     

  • CHINE PROFONDE ETHNIE PUMI

    Au diable Vauvert : le village de Yushichang, lieu de vie de l'ethnie minoritaire Pumi

    Dans la province reculée du Yunnan, au cœur de la préfecture autonome lisu de Nujiang (Yunnan), niche un petit hameau de l'ethnie minoritaire Pumi. Pour protéger la forêt vierge environnante, ce village a toujours lutté contre la construction d'une route qui mène à l'extérieur de la bourgarde.

    Ce hameau pauvre se situe dans le bourg de Hexi du district de Lanping. Distant d'à peine cinquante kilomètres de la fameuse cité touristique, Lijiang, les déplacements restent pénibles sur cet itinéraire accidenté. Après avoir sillonné la région en bus pendant cinq heures avant de gagner un lieu baptisé « 81 km », nous parvenons enfin au bourg de Tongdian agrippés à une moto. d'ici nous louons une voiture familiale à un prix de 350 yuans et empruntons une route de montagne chaotique de 35 km. Pour les locaux, ce véhicule est synonyme de voiture tout terrain.

    Nous n'avions jamais circulé sur un tronçon aussi cabossé. Il nous fallut près de deux heures pour avaler les 20 km de route sur le sentier forestier servant au transport du bois lors des années 1980. L'orée a vu ses arbres disparaître, léguant des montagnes dégarnies et quelques arbres épars aux environs.

     

    Yushichang : village d'irréductibles Pumi face aux bûcherons

    Si Yushichang a gagné ses lettres de noblesse pour la protection de l'environnement, elle le doit notamment en partie à une visite inattendue d'un esthète du nom de Chen Zhe, compositeur chinois, qui en visite dans la région, s'égara pour atterrir dans ce bastion de l'ethnie Pumi, entouré de forêt vierge. La vie des natifs est comme auparavant régie par leur mode de vie traditionnel. Ceux-ci continuent d'allouer des offrandes aux ancêtres dans leur foyer, ainsi qu'au dieu de montagne avant de quitter leur demeure. Irréductibles protecteurs des forêts léguées par leurs ancêtres, ils répugnent à construire une route reliant leur village au monde extérieur.

    Yang Jinhui, la cinquantaine, taille maigre, peau cuivrée, est un enfant des lieux. Selon ses dires, au début des années 1980, les résidents ont combattu les ouvriers du Bureau national des forêts, ayant parfois recours à la violence. Cette action fut considérée désormais comme « une insurrection paysanne de petite envergure » par un chef du bourg local.

    « Afin de protéger la forêt, nous avons fait un procès au tribunal du bourg, mais les choses ne bougent pas. C'est pourquoi un soir, nous nous sommes réunis et nous avons décidé de détruire secrètement toutes les planches découpées par des ouvriers », a admis Yang.

    Grâce aux efforts des villageois, ce hameau est parvenu à conserver une forêt vierge de 80 000 mu (5 333 hectares), ce qui l'a contraint à verser un prix lourd. « En répondant à l'appel de l'état, notre village a transformé les champs d'une superficie de plus de 1 000 mu en forêt, cependant, nous n'avons pas reçu la moindre compensation, quelle qu'elle soit. » a précisé Yang Jinhui, « le responsable du bourg nous a martelé que si continuons de contester la construction de la route, nous n'obtiendrons jamais de compensation. Est-ce ainsi que le stipule la réglementation étatique ? Certainement non. Cela nous mit la puce à l'oreille sur le fait suivant, le chef du bourg lorgne sur la forêt vierge de notre village. »

    A l'image d'un proverbe souvent répété en Chine : si vous souhaitez vous enrichir, construisez tout d'abord une route. Cette levée de boucliers contre la construction d'une route amène sans doute à la pauvreté. Prenons l'exemple de la famille de Yang Jinhui, six membres d'une famille habitent dans une maison en bois de deux étages, leur revenu annuel qui s'élève à 5 000 yuans, est presque entièrement consacré à l'éducation de ses trois fils. En raison des problèmes pécuniaires dans la famille, son fils aîné a abandonné ses études la mort dans l'âme, et a dû reprendre ses activités agricoles.

    « Notre condition financière se situe dans la moyenne du village. Une multitude de familles sont plus à plaindre que la notre », a exprimé Yang, « malgré cette opulente pauvreté, nous ne pouvons nous résoudre à ce que les arbres que nos ancêtres nous ont légué soient abattus. »000bdb4a30280a6bc7dd0c[1]
     

     

    Au cours de notre entretien, un mot revenait souvent à M.Yang , celui de succession. Cet attachement à sa terre lui a permis d'obtenir le poste de directeur du Musée de la culture de Yushichang, inauguré dans une maison à deux étages érigé sous l'auspice de la fondation Ford. Le rez-de-chaussée du musée servit de bibliothèque publique tandis que le premier étage, autrefois salon de divertissement n'est plus ouvert au public, reconverti depuis en séchoir.

    Yang Dexiu, nièce du solide cinquantenaire, avait commencé à cultiver la terre après avoir interrompu ses études au lycée. Elle participe actuellement à un groupe de musique composée de plusieurs garçons et filles de l'ethnie Pumi sous la direction de Chen Zhe. Lors de ses cinq années de travail à Beijing, elle n'avait foulé ses terres natales qu'à deux ou trois reprises . Sa mère qui garde toujours près d'elle la photo de sa fille, insiste pour que sa fille reste à Beijing.

    Son dîner se compose invariablement de riz, de soupe aux légumes et de rares émincés de viande. Seule concession à la routine de ce repas nocturne, le riz est parfois remplacé par de la farine de maïs.

    Que ce soit pour le chauffage, la consommation d'eau et la cuisine, entre autres... le feu joue un rôle indispensable dans la vie quotidienne de l'ethnie Pumi. Le soir, pas d'exception, les habitants se couchent autour du feu.

    Le siège en vis-à-vis avec la porte, lors des réunions autour du feu, est toujours vide car il est réservé aux ancêtres, qui jouissent d'un respect sans commune mesure. A Yushichang, les résidents vivent comme au temps jadis dans leurs foyers qui respirent plusieurs siècles d'histoire.

    Actuellement dans ce hameau, subsistent principalement des personnes âgées qui, dans la journée, taillent une bavette en sirotant un thé autour du feu. La plupart des jeunes font leurs études à l'extérieur ou ont trouvé un travail à Beijing, à l'aide de Chen Zhe. Quant aux jeunes restés dans ce village, ils préfèrent regarder la télévision, seule fenêtre sur la vie urbaine.

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