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  • Haute Couture chinoise

    Une cliente admire une robe Hua Fu dans la boutique NE Tiger Fashion Co.

     

    Les fabricants de vêtements chinois haut de gamme ont un long chemin à parcourir pour devenir des marques de luxe reconnues, mais les experts affirment qu'il s'agit du meilleur moment pour développer des labels de luxe en Chine.

    Les marques de luxe ont besoin de fondations historiques et culturelles, ainsi que d'un colossal investissement avant d'engranger des bénéfices, explique Zhou Ting, directeur exécutif du centre de recherche sur les produits et services de luxe de l'Université de commerce international et d'économie de Beijing.

    « Il est impossible pour les producteurs du secteur de faire des profits immédiatement, ils doivent être présents sur le marché pendant de longues années », indique-t-il. « Un désir de succès instantané peut être un obstacle dans le milieu ». La plupart des créateurs choisissent une approche de personnalisation, mais la pression est lourde pour faire du profit.

    « La Chine deviendra l'un des acteurs majeurs de la haute couture et pourrait même dominer ce marché au cours du 21e siècle » a affirmé le couturier français Pierre Cardin dans un entretien accordé à un quotidien mexicain.

     

     



    Guo Pei, l'une des premières créatrices de haute couture du pays, affirme qu'elle doit verser au moins 60 000 yuans (6 600 euros) en coûts de main-d'œuvre pour personnaliser des robes vendues à 100 000 yuans.

    En ajoutant à cela le prix du tissu, la rémunération du styliste et d'autres dépenses diverses, il reste bien peu de marge.

    Ma Yanli, top-modèle à la retraite qui a fondé une marque de vêtements personnalisables haut de gamme en 2005, a dû se diversifier pour attirer les consommateurs de la classe moyenne.

     



    Le design est un autre aspect qui pose problème aux labels chinois, selon Zhou. Bien que les créateurs chinois gagnent en prestige dans la mode internationale, la plupart des vedettes sont des citoyens étrangers et ont été formés dans de bonnes écoles occidentales. C'est le cas notamment de Vera Wang et Jason Wu.

    « Les créateurs locaux restent loin des podiums internationaux », déplore Zhou. « Et les producteurs nationaux ne peuvent utiliser que des éléments chinois, à cause de leurs stylistes ».

     



    La majorité des créateurs nationaux jouent la carte de la culture traditionnelle, et durant la Semaine de la mode internationale printemps-été 2011 en novembre 2010, les éléments chinois étaient omniprésents.

    Le rouge, les peintures à l'encre et les techniques des divers groupes ethniques sont utilisés partout, une tendance qui ne plaît pas à tous.

    « Je ne suis jamais allé à la Semaine de la mode, car les détails chinois sont inévitables », déclare le créateur Zhang Chi, qui possède son propre studio à Londres. « Toutes les marques se plient au style chinois, il n'y a pas de vrais créateurs ».

     



    Quoi qu'il en soit, c'est le meilleur moment pour se lancer dans le luxe pour les marques chinoises. Selon McKinsey & Company, le marché du luxe ne connaît pas la crise internationale, et il a connu sa plus belle envolée en Chine avec une consommation annuelle en croissance de 16 % en 2009.

    « Il est surprenant que nous ayons commencé à faire des profits en 2008, tandis que l'économie mondiale était en déclin », estime Zhang Zhifeng, président de NE Tiger Fashion Co.

     



    Le vaste marché permet aux marques nationales de se développer rapidement, selon Zhou Ting, mais celles-ci devront se faire connaître à l'étranger si elles veulent s'établir durablement. « C'est seulement avec la reconnaissance internationale qu'un label devient une véritable marque de luxe ».

    La marque Shanghai Tang, qui est considérée comme la meilleure réussite du luxe chinois, a été rachetée en 2000 par le groupe Richemont, le deuxième poids lourd du secteur dans le monde. La collection chinoise est à présent créée par une équipe internationale.

    « Les marques chinoises doivent s'entourer d'équipes internationales pour se faire une place dans le milieu du luxe », affirme Zhou.