oeuvre d art chinoise

  • A PROPOS DES OBJETS VOLES PAR LA FRANCE.

    Les deux sculptures volées en Chine, à qui doivent-elles appartenir ?

    La vente aux enchères de deux sculptures en bronze, une tête de lapin et une tête de rat, pillées et volées lors de la mise à sac du Palais d'été (Yuanmingyuan) de Pékin par les armées française et britannique en 1860, suscite une vive attention et un grand intérêt des Chinois du monde entier, et surtout des Français d'origine chinoise et des ressortissants chinois vivant en France qui suivent de près le déroulement de l'événement. Le quotidien chinois en France « Nouvelles d'Europe » rapporte que des spécialistes, des savants et les représentants de la communauté chinoise en France se sont rassemblés dernièrement pour explorer en profondeur cette affaire ainsi que les problèmes concernés.

    Soutenons tout acte visant à la récupération des anciens objets historiques volés à la Chine et écoulés à l'étranger ainsi qu'à leur retour au pays.

    Chen Shengwu (Président de l'Association des Chinois d'outre-mer vivant en France)

    Il y a plus d'un siècle, l'armée coalisée anglo-française a envahi la Chine et a pillé et incendié le Palais impérial d'été Yuanmingyuan. Aujourd'hui, les objets volés sont mis à la vente aux enchères ici en France qui est un soi-disant pays de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. Nous vivons maintenant dans un monde civilisé, comment résoudre les problèmes légués par l'histoire ? Je pense que nous devons lancer un appel au gouvernement chinois pour qu'il intervienne dans ce genre d'affaires.

    Je crois fermement que nous - en tant que Chinois d'outre-mer --, nous devons soutenir résolument et fermement tout acte visant à la restitution et à la récupération des anciens objets historiques appartenant à la Chine et écoulés à l'étranger du fait de guerre d'agression et d'envahissement. En cas où l'on a besoin de nous pour prêter assistance, nous devons accepter et absolument pas nous dérober à notre devoir.

    Il est inadmissible que le gouvernement chinois se présente en tant que partie plaignante.

    Shi Renlin (Avocat à la Cour d'appel de Paris et Vice Président de l'Association franco-chinoise d'avocats et de juristes)

    La prescription de l'action en justice désole et accable l'homme de la loi.

    La présente affaire constitue une nouvelle initiation sans précédent et revêt une grande importance que ce soit sur le plan historique, sur le plan scientifique ou sur le plan juridique. D'après ma connaissance, il n'y a jusqu'à maintenant aucun cas semblable où un quelconque pays a pu récupérer par voie juridique les objets historiques lui appartenant.

    Ceci est vraiment une situation pitoyable et lamentable des hommes de loi qui ne peuvent rendre justice. Le problème clé c'est la question de la prescription de l'action. Les accords internationaux, y compris ceux établis par l'UNESCO, ne favorisent pas les pays qui sont en état de faiblesse quant au laps de temps de l'action fixé par la loi.

    Il est inadmissible que le gouvernement chinois se présente en tant que partie plaignante.

    Vu des principes normaux du droit, même si l'on est encore dans la prescription de l'action, possède-t-on le droit d'intenter le procès ? Il est difficile de l'affirmer. Car du point de vue juridique, on ne doit pas oublier que les pilleurs et les voleurs ne sont ni Pierre Bergé ni Yves Saint Laurent. Dans la situation normale, on peut dire qu'ils ont emprunté un moyen légal pour obtenir des objets historiques. Sur ce point-là, même si la prescription de l'action n'est pas dépassée, on n'a aucun moyen d'engager une poursuite judiciaire à l'encontre du droit de propriété de ces deux objets.

    Les actions et les poursuites engagées par des particuliers rencontreront des difficultés et ni Pierre Bergé ni Yves Saint Laurent ne deviendront des accusés, car ceux qui devront être accusés ce sont des soldats de l'armée coalisée anglo-française. Quant au gouvernement, il ne peut également pas se porter comme partie plaignante, car dans cette situation il semblerait imperceptiblement que ce dernier renonce à sa souveraineté et accepte la juridiction du tribunal d'un autre pays, ce qui est inadmissible et inacceptable

    Faire en sorte que les poursuites engagées en vue de récupérer les objets historiques volés deviennent une affaire internationale des « relations humaines ».

    Yao Meng (Docteur en histoire et Secrétaire Général de l'Association Europe-Asie)

    L'histoire de la Chine est une histoire d'humiliation et de soumission. Elle a commencé à partir de la deuxième Guerre de l'Opium (1839-1842) qui fut suivi par la suite de traités iniques successifs, dont le Traité de Nankin, et par l'envahissement de la Chine par les ramées coalisées des puissances occidentales qui se livrèrent à des actes de massacre, de pillage et d'incendie de grande envergure. Ces dettes léguées par l'histoire sont des faits incontestables et indéniables. Il est important qu'on comprenne que la Chine a été une victime qui a beaucoup souffert dans le passé et que les objets historiques en question ont réellement fait l'objet de pillage et de vol.

    Vu que le gouvernement chinois a signé les deux conventions internationales sur les anciens objets historiques écoulés hors du pays, je crois qu'il serait nécessaire à ce dernier de se porter en avant. Même si il ne peut pas récupérer les objets volés, il peut quand même publier une déclaration à ce sujet. Ce serait alors, d'un côté, un important acte de la Chine visant à mobiliser l'opinion publique internationale pour les « relations humaines ».

    D'un autre côté, ce serait une occasion pour donner une leçon aux soi disant ‘pays occidentaux civilisés' pour qu'ils se livrent à l'introspection et reconnaissent les humiliations et les horreurs qu'ils ont fait endurer à la Chine. Il est très important pour ces pays les actes ignobles, infâmes et odieux qu'ils ont commis dans le passé, car la plupart des Occidentaux sont fondamentalement ignorants sur ces faits.

    On doit faire reconnaître à ces pays les souffrances et les humiliations qu'ils ont fait subir au peuple chinois au 18ème et au 19ème siècle. Aujourd'hui au 21ème siècle, les Français continuent à vouloir humilier les Chinois en procédant à la vente aux enchères d'anciens objets historiques qui font partie du butin de guerre de leurs aïeux et ce qui est plus ignoble encore c'est que pour faire étalage de l' « héroïsme », de l' « audace » et de la « bravoure » de leurs ancêtre, ils font de façon impudente, éhontée et cynique la publicité du coût des deux objets volés.

    Et c'est la raison pour laquelle je pense qu'à ce moment crucial, le gouvernement chinois doit agir sur le plan de l' « établissement des relations humaines ». Je propose que dorénavant à chaque vente aux enchères des objets historiques appartenant à la Chine et écoulés à l'étranger, on traite l'affaire en adoptant ce moyen-là qui deviendra alors une pratique habituelle pour régler ce genre de problèmes.
    Aucune chance de gagner le procès.

    Li Suncheng (Docteur en droit à l'Université Panthéon-Sorbonne-Paris 1)

    Vu de l'action en justice, nous n'avons aucune chance de gagner le procès, c'est pourquoi je pense qu'il faut l'intenter en tant qu'une action politique de justice revêtant une signification culturelle. La conscience culturelle signifie que cette affaire ne doit pas être considérer seulement du point de vue juridique, car elle sera certainement perdue de ce point de vue. La raison c'est que tous les règles concernés sont fixés clairement et explicitement.

    Pour le moment, nous pourrons intenter deux actions : la première c'est la procédure de suspension d'urgence de cette affaire. La deuxième c'est d'engager une plainte contre X et cela est une guerre revêtant une signification culturelle. Lorsque nous portons plainte contre un accusé X, le tribunal est obligé alors à procéder à une enquête, alors que ce qui compte pour nous, ce n'est pas le résultat, mais la procédure. Car au cours des enquêtes successives menées pour cela et du processus de comparution continuelle, la partie chinoise pourrait profiter de l'occasion pour tenir incessamment un briefing devant la justice et faire connaître la vérité historique au public occidental.

    Occuper une position dominante sur le plan moral et obtenir le droit à la parole.

    Sun Tao (Docteur en droit à l'Université Panthéon-Sorbonne-Paris 1)

    Pour pouvoir obtenir le droit international à la parole, je fais les propositions suivantes :

    Primo, d'après les conventions internationales signées par notre pays, nous devons persister à soutenir unilatéralement notre droit illimité de récupération des objets perdus et volés écoulés à l'étranger ;

    Secundo, les départements d'Etat de contrôle des objets historiques et des vestiges culturels doivent établir des banques de données sur les objets historiques écoulés à l'étranger et le mieux ce sera d'installer des organismes chargés spécialement de compléter la liste de ces objets, de la liaison internationale pour leur restitution et leur récupération et de leur retour au pays.

    Tertio, la force populaire doit être combinée à celle de l'Etat. La stratégie culturelle à long et moyen terme c'est d'engager des actions en vue de la concrétisation des conventions internationales et occuper en premier lieu une position dominante sur le plan moral de l'humanité quant à la protection des patrimoines culturels et obtenir ainsi le droit à la parole !

    Cela est en fait un problème de relations internationales.

    Song Luzheng (Collaborateur de plusieurs médias intérieurs et extérieurs)

    La naissance et le règlement du problème de l'écoulement outre-mer d'objets historiques appartenant à la Chine ne constituent aucunement une question juridique. Compte tenu de la réalité, aucun des anciens objets historiques appartenant à la Chine et écoulés à l'étranger n'a été récupéré au moyen de la justice. D'après moi, c'est un problème diplomatique, un problème de relation internationale ou bien un problème de moralité internationale.
    La sagesse et la clairvoyance des Français sont mises à l'épreuve.

    J'ai une idée, ce sera de mettre à l'épreuve la clairvoyance, l'intelligence et la sagesse des Français. Par exemple, la compagnie Airbus maintient avec la Chine une coopération commerciale profonde, étendue et développée. Alors, pourrait-elle acquérir les objets en question au moyen d'achat particulier et puis les offrir au gouvernement français pour qu'il les restitue à la Chine. Airbus a déjà procédé à ce genre d'affaires. Après le terrible séisme du Sichuan, il a acheminé dans la Province, sous forme d'offrandes et de dons populaires, une grande quantité d'objets, de matériels et d'équipements de secours.

    Nous savons tous qu'en 2002, The British Museum a pris l'initiative de conclure un accord international plaidant la non restitution des objets historiques de pays étrangers conservés chez lui. Alors pourquoi ne pourrions-nous pas adopter un autre moyen, par exemple la signature d'un accord reconnaissant notre droit de propriété de ces objets, mais en nous engageant que ces objets pourront être exposés dans des musées étrangers durant la moitié, ou même les deux tiers de l'année. Je crois que cela est un moyen apportant une solution à l'affaire. Mais pour réaliser cela, il faut de la sagesse, de l'intelligence et de la clairvoyance.

    La vente aux enchères ne doit en aucun cas profiter aux trafiquants d'objets historiques.

    Zhu Renlai (ressortissant chinois vivant en France et travaillant dans le secteur des objets d'art culturels)

    Le refus du gouvernement chinois de procéder à l' « achat de retour » est une attitude très juste et très importante, sinon cela amènera les Chinois à ressentir une fois de plus le mal d'être pillés et volés. La récupération à n'importe quel prix et avec n'importe quel moyen des objets historiques volés n'est aucunement la meilleure solution et n'a aucun sens.

    Le point important du problème c'est de faire en sorte que ce genre d'objets historiques, à l'origine de pillage et de vol, perdent entièrement leur valeur commerciale, c'est-à-dire qu'ils ne trouvent plus de débouchés.

    Concrètement parlant, la chose apparaît sous deux aspects, tout d'abord, c'est que la population chinoise doit nécessairement avoir une attitude, une position et une conscience claires et justes sur ce problème. Elle doit refuser toute proposition d'achat, car l'acquisition dans ce contexte-là ne peut que faire prospérer le trafic des objets en question. Devant cette situation, au lieu de l'impulsion nationaliste, elle doit adopter une attitude sage, sensée, judicieuse et responsable. Ensuite, il faut faire savoir à la communauté internationale que l'acquisition et la spéculation faite autour des objets historiques volés font peser de graves soupçons de cache et de recel d'objets obtenus par des moyens illégaux ou même criminels, et elles seront considérées comme des actes ignobles, répugnants et infâmes. Le peuple chinois et tous les peuples du monde s'intéressent, encouragent et félicitent les personnalités amicales qui contribuent par leurs efforts au retour au pays des objets historiques volés.

    On peut dire que c'est une lutte entre le bien et le mal, entre la justice et le forfait et entre l'honneur et l'ignominie. C'est également un long et difficile chemin vers le progrès de la civilisation humaine. Cela est pour nous une tâche rude et ardue à laquelle nous ne pouvons nous soustraire.