nouvelle chine

  • J.P.Raffarin nous donne des nouvelles de la Nouvelle Chine

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    Le nouveau pouvoir s’affirme comme un pouvoir fort. Dans cette période d’incertitudes internationales, la Chine veut montrer qu’elle est « la force qui va et qui sait où elle va » (Victor Hugo est sans doute la figure française préférée des élites chinoises). A l’intérieur c’est un retour à une logique de séduction populaire avec le renforcement de la lutte contre la corruption, davantage de sobriété dans l’exercice du pouvoir, la sévérité face à tous les désordres, la recherche permanente de l’unité et la priorité absolue donnée au « rêve chinois » ce qui conduit, à l’extérieur, à choisir en toutes circonstances la « stabilité ».
    Sur le plan économique le Premier Ministre Li Kequiang assure que les objectifs économiques seront tenus en 2013 et que 2014 s’annonce « prometteuse ». Le Gouverneur de la banque centrale s’inquiète toujours des hésitations budgétaires aux États-Unis, de la sortie de crise dans la zone euro et… de la fiscalité française. Le moteur du Monde s’intéresse à tout le véhicule !

     

    L’image de la France reste ici excellente (pensons toujours à la protéger !) et la perception des Français comme un peuple de romantiques est très généralement répandue ce qui favorise évidemment nos industries du luxe, notre gastronomie… et de belles perspectives telles que celle des Galeries Lafayette à Pékin. La ruée sur les produits français le jour de l’inauguration révèle s’il en était besoin l’appétence des Chinois pour le made in France. Évidemment, l’image du romantisme est moins efficace pour vendre des voitures ou des centrales nucléaires… il faut donc convaincre que la culture scientifique et technologique de nos ingénieurs est aussi profonde que celles de nos artistes, médecins ou historiens. On y arrive ! Notre voiture vaut bien « das Auto ». Le Ministre chinois de la science et de la technologie en est convaincu… même s’il a passé 10 ans chez Audi en Allemagne ! A quand un Ministre français qui aurait passé 10 ans chez Lenovo ou Alibaba ?

     

     

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    L’erreur pour nous serait d’abandonner nos atouts culturels en Chine pour ne jouer que les cartes économiques et financières. Dans cet esprit, le travail que mène Christine Cayol à « Yshu8″ en bâtissant une villa culturelle française est remarquable. Dans un lieu historique de la relation franco- chinoise, les plus grands artistes sont en résidence et les événements culturels se succèdent à un rythme très asiatique. La maîtresse de la Maison « Yshu8″ mérite bien le ruban rouge que je lui ai remis à l’ambassade de France.
    Cette originalité culturelle française est à cultiver y compris par les plus industriels de nos exportateurs. Pour la troisième année consécutive je suis invité à inaugurer la grande foire de l’Ouest à Chengdu dans le Sichuan, province grande comme l’Allemagne et avec un taux de croissance de +13%. Je serai accompagné d’une trentaine d’entreprises françaises motivées par ce nouveau marché. Politique, Culture, Économie se mêlent facilement en Chine… le prestige du Pays est aussi un préalable à la qualité du produit. Évidemment rien n’est simple.

    Comme chez nous, la bureaucratie est lourde et les différences culturelles compliquent beaucoup la tâche. Il est vrai que nos amis déjà implantés en Chine sont moins optimistes qu’il y a deux ans. J’ai rencontré à l’occasion de ce séjour des inquiétudes nouvelles chez les « habitués » de la Chine. Est-ce la nostalgie des pionniers de l’émergence chinoise ou est-ce le signe d’un virage plus préoccupant ?
    Il est vrai que les questions posées par les jeunes développeurs chinois sont ambitieuses : est-ce que Cartier, Dassault ou Sofitel… sont à vendre ? ! Toutefois au cours de cette mission j’ai rencontré de nombreux investisseurs chinois à la fois sérieux et professionnels, privilégiant le long terme et s’intéressant durablement à la France. La liste est impressionnante. Les opportunités pour les entreprises françaises voulant s’internationaliser me paraissent très prometteuses. L’avenir économique de la relation sino-française se joue maintenant sur le terrain de l’investissement.

     

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    Comme en France, en Chine aussi, c’est souvent en province qu’on trouve les bonnes réponses aux questions qui se posent dans la capitale. A Chengdu la vérité éclate. La compétition mondiale pour séduire la Chine est féroce. La Mongolie, la Tanzanie, le Canada, l’Australie, l’Inde… ont envoyé des représentants de haut niveau.
    La France est particulièrement bien reçue à Chengdu où nos services diplomatiques sont performants (comme partout en Chine). Au Maire j’ai pu formuler les différentes propositions de ma délégation : forum des 1000 PME européennes et chinoises en 2014 (Futurallia pour l’anniversaire de la déclaration de De Gaulle), ouverture de 2 nouveaux magasins Carrefour, challenge Bibendum de Michelin, Alstom partenaire du métro de Chengdu et lancement de la première prothèse franco-chinoise du genou grâce a l’entreprise Medicoscop de Chasseneuil (!) etc.

    Face aux multiples mouvements de la Chine, à la fois puissants et contradictoires, les regards croisés des politiques et des entrepreneurs étaient particulièrement fertiles . A plusieurs reprises, dans ce voyage, on a pu être fiers de la France (malgré les nouvelles qui nous venaient de Paris). Chacun a pu mesurer combien, en Chine, l’image de la France est grande, souvent plus grande que le pensent les Français eux-mêmes…

     

    Merci à Monsieur J.P. Raffarin pour les photos et les nombreuses interviews dont il m'a fait l'honneur.