michel aglietta

  • La Chine n’a pas fini de nous surprendre en positif (Michel Aglietta)

    Michel Aglietta est un économiste français, ancien élève de l'Ecole polytechnique. Actuellement professeur de sciences économiques à l'Université ParisX   , il est également conseiller scientifique au CEPII.

    Dans "Le Nouvel Economiste" , il nous présente son dernier livre où il fait part de ses sentiments sur la Chine.

    Michel Aglietta

    Il  est persuadé que d’ici une dizaine d’années, la Chine aura réalisé des résultats spectaculaires sur la voie du développement durable . Faisons des Chinois nos alliés parce nous partageons avec eux les mêmes objectifs à long terme. La crise nous a invités à penser le monde de façon radicalement différente et l’approche chinoise peut nous y aider. Ce serait suicidaire pour les Occidentaux de ne pas l’accepter.”dit-il.

     

    En matière de réflexion stratégique, les Chinois ont une avance décisive sur les Occidentaux. Ils sont convaincus de la nécessité de transformer de fond en comble leur régime de croissance. Ce dernier, fondé sur les exportations en direction des consommateurs occidentaux – principalement américains -, n’a plus d’avenir en raison de l’effondrement du crédit. Or là où les Chinois envisagent des changements radicaux, nous continuons à croire que la crise n’est qu’un mauvais moment à passer. Alors que le défi est le même : réinventer un modèle de croissance. Les Chinois ont utilisé la crise comme un levier pour accélérer leur mutation et ils avancent, non sans difficultés, tandis que nous, nous piétinons. Bien plus que le soutien conjoncturel de la croissance, la Chine est en train d’élaborer un nouveau modèle de croissance basé sur l’urbanisation car c’est dans les villes que l’on trouve les classes moyennes qui consomment.

     

    La crise financière, durement ressentie par la Chine, a entraîné la prise de conscience par les Chinois de leur trop grande dépendance au commerce international. Les autorités de Pékin ont fait preuve d’une très grande réactivité en adoptant le plan de relance le plus important de tous les pays. L’argent injecté en six mois a été utilisé dans des projets qui étaient déjà dans les cartons, tels que l’amélioration des infrastructures de transports assurant de meilleures liaisons avec l’ouest du pays qui regorge de ressources primaires (minérales et énergétiques) et qui peut développer le tourisme et aiguilleurs ecologique. Ainsi, contrairement à ce qu’on aurait pu redouter, cet énorme plan de relance de 4 000 milliards n’a pas beaucoup ajouté de capacités improductives. 

     

     

     Les Chinois ont aussi pris conscience de la vulnérabilité de leur modèle de croissance trop exclusivement tourné vers la demande des pays de la zone OCDE. Très vite, les Chinois ont compris que ces débouchés allaient inéluctablement et durablement ralentir. D’où la nécessité de redéployer leurs exportations vers d’autres zones et de mettre en place de nouveaux facteurs de croissance internes. L’autre leçon tirée de la crise est d’ordre monétaire. Puisque l’effondrement du commerce international à fin 2008 a été provoqué par la disparition des moyens de paiement en dollars sur le marché monétaire mondial, les Chinois en ont conclu que pour se prémunir d’une prochaine crise, il leur fallait désormais découpler le plus possible leur économie du billet vert en internationalisant le yuan. D’où, en juin 2010, les décisions conjointes de découpler le taux de change de la monnaie et le renforcement de la place de Hong-Kong en tant que centre financier au service des intérêts de la Chine.