maimonide

  • Quand Shanghai et la Chine étaient la terre promise pour les Juifs persécutés d'Europe

    Pendant la seconde guerre mondiale , la Chine fut le seul pays au monde qui accepta les juifs sans numerus clausus, ni visa et, parce que, port franc, les réfugiés pouvaient arriver à Shanghai soit par terre soit par mer . Quelques-uns partirent de Marseille par  ligne maritime.

     

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    Ohel Moishe  synagogue de Shanghai

    Pour la première et sans doute la dernière  de leur histoire, les Juifs sont propulsés dans un milieu qui ne nourrissait  aucun préjugé à leur égard. En cela la culture chinoise, largement baignée d’humanisme confucianiste  se distingue de l’Islam et du Christianisme, qui n’ont su inventer  leur identité que par rapport et contre le Judaïsme.

    En Chine, être étranger est un avantage , c'est même un privilège tant les Chinois sont hospitaliers par nature. Cela du être une surprise pour ces Juifs quittant les pays européens où ils étaient méprisés et maltraités d'être reçus en Chine comme des amis, appréciés dans leur différence , sans qu'on leur demande de s'assimiler.

    Il y avait bien la communauté juive de Kaifeng, mais à ce moment on l'avait perdue de vue  puis vers 1906 , ces Juifs fuyant les pogroms de Russie qui se réfugièrent à Harbin ( voir sur ce blog mon article du08/01/2009).

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    Synagogue de Harbin (Dongbei-Nord-Est de la Chine)

    Dès 1933, commencent à arriver à Shanghai  des réfugiés juifs allemands chassés par le Nazisme auxquels se joindront les Juifs de Harbin où les Japonais s'installent  ; en 1939, ils seront 15 000. En1940 , quelques 6 000 juifs polonais installés en Lituanie arrivent à leur tour. Un ghetto sera mis en place en 1943 par les japonais ; il comptera 30.000 juifs.

    Ces Juifs qui arrivent avant et pendant la guerre à Shanghai ont tout perdu dans leurs tribulations, consacrant le peu de biens qu’ils ont pu conserver à financer leur voyage. Les Chinois voient débarquer dans leur ville d’étranges individus qui ne pouvant pratiquer leur profession, étaient réduits à exercer  des métiers manuels qui jusque là étaient réservés aux Chinois. On aurait pu croire en une attitude hostile de la part des Chinois vis-à-vis de ces pauvres bougres qui venaient les concurrencer sur leur propre terrain professionnel . Et bien non ! , les Chinois accueillirent les Juifs bésévér panim yafot, soit avec gentillesse et compréhension, et des liens forts se nouèrent entre les autochtones et les réfugiés.  Les Chinois furent d’ailleurs subjugués par les facultés d’adaptation de ces Juifs. De nombreux témoignages, notamment d’enfants juifs, qui quitteront  après la guerre la Chine, pour  Israël ou les Etats-Unis,  montrent qu’ils passèrent les plus belles années de leur vie à Shanghai. Ehoud Olmert est parmi ceux là. Le grand-père de l'ancien Premier ministre israélien est enterré à Harbin . J'espère bientôt me rendre dans cette ville et photographier sa tombe.

     

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    C'est à ce moment que Long Yun , Président du Gouvernement national de la province du Yunnan, Chinois de l'ethnie Yi , propose aux Juifs de s’installer dans sa province.  La province du Yunnan est peu peuplée, les terres y sont  fertiles, les Juifs rassemblés à Shanghai, sont  riches en connaissances, industrieux et habiles ; la province du Yunnan, et, par de là toute la Chine,  n’aura qu’à gagner de  leur présence industrieuse. Au même moment deux juifs influents Jakob Berglas et Maurice William présentent un plan au gouvernement des Etats-Unis pour transplanter les juifs d’Europe centrale vers la Chine.  Et en fait l’initiative tombe à l’eau par la faute des Japonais.( source le livre de Gao Bei-Shanghai Sanctuary  Oxford University Press)

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    L’épisode shanghaïen et la tentative, non aboutie, d’installer une large colonie juive dans le sud de la Chine est non seulement un épisode peu connu de la Seconde guerre mondiale mais riche de sens quant aux relations qui peuvent s’établir entre Juifs et leurs hôtes lorsque ces derniers n’ont pas d’apriori vis-à-vis des Juifs.On peut conjecturer jusqu’à l’infini sur ce qui aurai pu se passer si  les Juifs étaient venus en nombre s’installer en Chine.
    ils font comme les autochtones et embrassent les mille et un métiers qui se pratiquent dans la rue chinoise : cordonniers, livreurs, couturiers, réparateurs de produits usés jusqu’à la corde, pour qu’ils puissent servir  encore quelque peu. Les Chinois observent ces longs nés et les trouvent industrieux et pas fainéants, amicaux et pas arrogants pour un sou. La rue chinoise se réorganise ; chinois et juifs se partagent le travail . Les enfants aux cheveux blonds et les petits chinois  jouent ensemble dans les terrains vagues et slaloment à travers les échoppes. Les témoignages de juifs qui ont passé leur enfance à Shanghai sont unanimes : ce furent les plus beaux jours de leur vie. Pas de cloisonnement, peu de bagarres. Seulement des enfants qui s’amusent et des adultes qui peinent pour les nourrir et les vêtir.
     

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    Outre leur bonne volonté et leur force de travail,  Les Juifs apportent à Shanghai aussi leur dieu et leur Torah. Brouhkim Habaïm, soyez les bienvenus, disent les Chinois, vous et votre dieu et vos synagogues. D’ailleurs plus on est de dieux en Chine plus on rit , pensent-ils. Abondance de dieux ne nuit pas ; bien au contraire. Et puis les Juifs comme les Chinois ne font pas du prosélytisme.
    Encore aujourd'hui vous verrez des bouddhistes chinois adorer en plus des divinités bouddhistes , les anciens Dieux de leur religion antique, au xvème siècle les Jésuites avaient converti beaucoup d'élites chinoises mais ceux-ci ne voulaient pas abandonner leurs Dieux et coutumes, cela déboucha sur la Querelle des Rites. La Chine s’appelle traditionnellement Zhongguo, l’« Empire du Milieu », ou  Zhonghua, la « Lumière du Milieu ». Ce « Milieu » a certes  une acception cosmologique de centre de l’univers ;  mais aussi une acception morale : « l’Empire de la juste mesure ». Du comportement moyen, de la voie du milieu si chère à Maïmonide et à Confucius, du Derekh Erets.
     

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     Maïmonide s’est fait connaitre par son livre philosophique Le Guide des Egarés, Moré Névoukhim qui eut un retentissement considérable auprès des juifs et des non-juifs.

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    Si Maimonide était médecin, Confucius était un conseiller politique qui ambitionnait d’amener le prince à adopter la voie juste, dans son intérêt et de celui de ses sujets. Leur démarche est pratiquement identique, souvent au mot près.

    Ah qu’il était doux et agréable de vivre dans un pays où les habitants ne nourrissent pas à votre égard d’horribles à priori. En hébreu, on dirait Iné ma tov ou ma naïm Chévét Ah’im Gam Yahad (qu’il est bon et agréable que des frères soient assis ensemble). Pour la première, et la dernière fois de leur histoire, une poignée de juifs étaient venus s’installer, pour un laps de temps indéterminé, dans un pays qui n’avait jamais entendu parler d’eux. Et miracle on les apprécie, pour ce qu’ils sont tout simplement, pour leur manière courtoise de se comporter avec  ceux qui étaient là avant eux.
    Si les Musulmans et les Chrétiens, toutes mouvances confondues, y compris les agnostiques et les athées, représentent aujourd’hui 50% de l’humanité, il ne faut pas oublier l’autre moitié des habitants de la planète. Cette moitié là ne considère pas Israël comme le petit Satan ; d’abord parce qu’ils ne croient pas au Satan  et aussi, parce qu’ils n’ont pas eu à inventer leur identité par rapport et contre le Judaïsme. Les jeunes israéliens qui, après leur service militaire, partent à la découverte du grand monde, ne s’y sont pas trompés ; leurs pas les entrainent vers l’Extrême-Orient mystérieux et exotique, et ils participent à la bonne entente qui règne entre la Chine et l'Etat d'Israël.