diplomatie

  • La nouvelle diplomatie chinoise et nous selon JP Raffarin, ancien Premier minlstre français

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    Une cérémonie a eu lieu le 3 décembre dans les locaux de la Bank of China à Paris pour le lancement des services de compensation en yuan. Cette nouvelle étape dans le processus d'internationalisation de la monnaie chinoise favorisera les échanges financiers et commerciaux en la Chine et la France. Quelque 200 invités étaient présents à la cérémonie, dont les représentants du ministère français des Finances, de la Banque de France, de l'ambassade de Chine en France et des entreprises françaises, ainsi que l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin.

    Une fois encore , monsieur Raffarin m'a donné l'autorisation de publier un article issu de son carnet et traite de sa longue réflexion sur la nouvelle diplomatie chinoise initiée par le Président Xi Jinping.

    Le Président Xi, à la chinoise, inscrit sa diplomatie à la fois dans la tradition mais aussi avec le goût des initiatives nouvelles. Le sommet de l’APEC 2014, à Pékin, a été le focus où la Chine a montré ses nouvelles ambitions.

    La « DiplomaXi »

    J’ai eu l’occasion de participer à l’une des réunions de préparation que le Président chinois a organisée à Pékin avant le grand rendez-vous des 21 Chefs d’État et de gouvernement de l’Espace de Coopération de l’Asie-Pacifique (APEC). Il y avait là trois anciens Premiers ministres, du Japon, d’Australie et de France avec le Président Sud Coréen de Samsung et le Président des chambres de commerce russe.
    Au cours de cette réunion les trois principes de la « DiplomaXi » ont été clairement posés :

    • Pas de conflit ni de confrontation
    • Respect mutuel de l’indépendance de chacun
    • Coopération équilibrée er renforcée avec « les grands Pays ».

    Et pour développer ces principes, le premier terrain d’opération est lui aussi clairement désigné : ce sera l’Asie. L’enchaînement des réunions de l’APEC en Chine et du G20 en Australie a permis au Président chinois de mettre en œuvre ces orientations qui, perçues positivement par ses partenaires, a bénéficié de « renvois d’ascenseur » positifs.
    Comment s’articule cette « nouvelle » ligne chinoise ?

    C’est une vision en 3D.

    • L’économie avant tout

    L’intérêt de La Chine, objectif premier de sa diplomatie, c’est d’abord de défendre son économie.
    Cette priorité exige une politique de réformes pour soutenir la croissance en la rendant plus qualitative et plus inclusive… tout en restant la première du monde. Cette orientation est à la fois protectrice des atouts de la Chine, la compétition avec les entreprises étrangères s’est sérieusement durcie ces derniers temps mais, en même temps, les échanges avec l’étranger sont mis en avant notamment en développant une politique d’investissement à l’extérieur. Le discours est anti-protectionniste et la « Free Trade Area of Asia-Pacific » (FTAAP), la zone de libre échange asiatique, est présentée comme un espoir du type de celui que nous avons connu avec « le marché commun ». Il s’agit quand même d’organiser le premier espace économique du Monde.
    Les entreprises sont incitées à développer des partenariats, surtout technologiques, avec les entreprises étrangères. La réussite du « Forum 1000 PME » chinoises et françaises à Chengdu le mois dernier illustre cette dynamique. L’affirmation de l’État de droit comme la lutte contre la corruption s’inscrivent aussi dans cette volonté de libérer l’énergie des entreprises en allégeant les charges de l’administration et en corrigeant certaines dérives du Parti.

    • La leçon de l’Europe : « le marché commun fait la paix »

    Dans la compétition des continents, priorité à L’Asie.
    Le Sommet de l’APEC 2014 fut une démonstration de force de l’Asie dont la Chine est à la fois le moteur et le modérateur. Cette stratégie connaissait pourtant un obstacle majeur : la relation sino-japonaise. Les tensions à propos des îles Senkaku/Diaoyou ont été particulièrement dures voire dangereuses ces dernières années. La stratégie mise en œuvre par les deux parties pourrait inspirer l’Europe notamment sur le dossier Ukrainien. Après différentes missions d’approche notamment grâce à l’ancien Premier ministre japonnais Fukuda, par ailleurs Président du Boao Forum for Asia (BFA, le Davos de l’Asie), le dégel des relations a été entériné par une rencontre de l’actuel Premier japonais, Shinzo Abe, avec le Président Xi à la veille de L’APEC. Le principe est simple : il s’agit de s’accorder sur les désaccords et de les contourner pour faire avancer le reste. Belle sagesse que de refuser de décider des sanctions avec un Pays avec lequel sur le même continent on veut commercer. Les Paysans français retiendront cette leçon venue d’Asie. Dans la politique d’aujourd’hui l’économie reste le cap dominant !
    Au total les Chinois ont retenu des Européens qu’ils avaient trouvé la paix grâce à l’économie.

    • L’ASIAMERICA » matrice du dialogue des continents

    Le monde des continents s’impose. C’est entre eux qu’il faut trouver l’équilibre.
    Pour son économie mais aussi pour sa « vocation » pacifique, la Chine souhaite avoir de bonnes relations avec les grands Pays du Monde. Mais toujours en recherchant la puissance de son influence. Partager avec les Américains un leadership mondial à l’occasion d’un sommet asiatique à Pékin, c’est de la belle diplomatie ! Reçu amicalement Barack Obama a été « touché ». L’accord sur le changement climatique à Pékin a pris tout le monde de cours. Même le Secrétaire général de l’ONU a dit sa joie de voir la Chine et l’Amérique prendre le leadership qu’on attendait d’elles ! C’est une bonne nouvelle pour la conférence de Paris, la COP21, de décembre 2015, qui peut ainsi espérer une conclusion enfin positive sur le sujet. Ce sera plus complexe pour la diplomatie française qui vient de perdre le leadership pour la phase préparatoire de la conférence.
    Cette brillante initiative à impact mondial est complétée par plusieurs autres, très fortes aussi même si elles sont davantage bilatérales : accord de coopération militaire pour limiter les « accidents » par une meilleure notification, actions contre les gaz à effet de serre, traité bilatéral d’investissement, libéralisation pour les visas d’entrée aux USA (visa de 10 ans pour les étudiants !)… face à cette volonté collaboratrice partagée, Barack Obama n’a pu que déclarer : » la stratégie du « pivot asiatique » n’a pas vocation à contenir la Chine » ; c’est réaliste car celle-ci semble bien savoir aussi tirer profit de la stratégie du « pivot ».
    Pour fédérer ses partenaires et proposer des « causes » communes la Chine fait appel a la bonne logique des grands projets. En imaginant la nouvelle « route de la soie  » et en annonçant un budget de 40 milliards de $ pour la concrétiser, la Chine s’affiche fédératrice.
    Cette volonté de dialogue avec les grands doit aussi interpeler les européens. Divisés, le risque est que nous perdions notre place aux premiers rangs des partenaires de la Chine, le risque dérivé étant qu’un seul pays européen accède à ce statut de force continentale indispensable à l’équilibre du monde multipolaire tel que les chinois l’imaginent… Ceci nous impose de co-gérer la relation euro-chinoise avec les Allemands.

    Jamais La Chine ignorera l’Europe unie. L’unité est là-bas un principe supérieur. Pour nous, Français, nous serons toujours des partenaires affectifs mais il ne suffit pas d’être romantiques pour être des partenaires actifs au XXIème siècle. La lecture des événements internationaux récents nous obligent à la lucidité :

    • Notre économie et nos entreprises sont les premières lignes de notre diplomatie.
    • Le renouveau européen est nécessaire pour nous donner les caractéristiques de la puissance de l’époque : la force continentale.
    • Nos positions multilatérales restent fortes mais elles exigent que sur certains dossiers nous soyons capables de leadership. Notre capacité militaire est aussi un des facteurs déterminants du leadership.

    N’y a-t-il pas à nous inspirer de ce que font les Chinois avec les Américains et les Japonais pour repenser certaines de nos attitudes diplomatiques ? La diplomatie moderne est complexe, plus horizontale, on segmente les problèmes que verticale, on gradue les sanctions. La pensée chinoise a cela de fertile : ne pas faire de l’affrontement l’expression nécessaire du rapport de force.

    jpr

  • POUR DES RELATIONS SINO-AMERICAINES D'EGAL A EGAL.

    Développement des relations sino-américaines

    Les relations diplomatiques sino-américaines ont été établies il y a déjà trente et un ans et le Président étasunien Barack Obama a créé deux records, à savoir : le premier, les relations bilatérales entre les deux pays ont réalisé pour la première fois une transition stable au moment du renouvellement gouvernemental américain ; et le deuxième, c'est qu'un président américain effectue une visite en Chine à la première année de son mandat. Cela doit être un bon signe qui présage que les relations sino-américaines vont parvenir et atteindre une nouvelle période de développement.

    Les relations sino-américaines sont tellement sensibles et importantes que certains savants et spécialistes américains ont suggéré le remplacement irréaliste du « G-8 » par le « G-2 » et ont avancé l'idée de « Chimerica ». Quant à l'ancien Président des Etats-Unis Georges Bush et à l'actuel Président Barack Obama, ils ont déclaré tous les deux que les relations américano-chinoises font partie des relations bilatérales les plus importantes du monde. L'importance de ces relations est en fait due aux deux points suivants : Premièrement, les liens étroits et resserrés des deux pays sur le plan économique, commercial et financier ont atteint un degré où « les deux parties sont tellement liées que l'une ne peut se passer de l'autre », comme  des sœurs siamoises étroitement rattachées l'une à l'autre que si, par hasard, l'une des deux parties désire couper les liens, il lui serait impossible de ne pas se blesser profondément elle-même. La raison c'est que les Etats-Unis sont le plus grand pays développés du monde, alors que la Chine est le plus grand pays en voie de développement du monde et qu'il recèle pour les deux une complémentarité dans tous les domaines. Par exemple, General Motors, qui est en difficulté, ne peut survivre et gagner des profits qu' en territoire chinois qui est pour lui un sol de bénédiction. Un autre exemple, la compagnie Boeing, pourrait-elle survivre au prix de la perte du marché chinois ? Aux Etats-Unis, les gens de la couche pauvre et les travailleurs qui se trouvent involontairement privés d'emploi, sans les articles d'usage courant bon marché et de bonne qualité importés de Chine, comment vont-ils supporter le ‘froid glacial' de cet hiver ? De leur côté, les Chinois ne peuvent  se passer de Microsoft, de l'Internet et des autres produits high-techs américains. Sur le plan financier, dans le cas où la Chine vendrait à perte et en grande quantité les biens capitaux américains en dettes publiques, l'économie américaine pourrait alors s'effondrer immédiatement, mais cela n'est aucunement profitable à la Chine elle-même.

    Sur le plan de la sécurité mondiale, la Chine joue un rôle prépondérant d'intermédiaire susceptible de calmer et de réconcilier les parties opposées et de pousser la reprise et la progression des négociations quant à la dénucléarisation de la Péninsule de Corée. L'établissement de la structure sécuritaire de l'Asie du Nord Est et de la Communauté de l'Asie orientale nécessite également la coopération et la participation de la Chine. D'autre part, la lutte antiterroriste, l'interdiction de la prolifération nucléaire ainsi que la protection des bateaux contre les attaques des pirates somaliens nécessitent, toutes, la collaboration de la Chine et, encore plus, en ce qui concerne le réchauffement climatique, la protection de l'environnement, la sécurité énergétique, le contrôle des maladies épidémiques et les autres défis auxquels le monde entier doit faire face.

    Par conséquent, que ce soit pour débarrasser le monde entier de la crise financière et économique ou que ce soit pour assurer la paix et la tranquillité mondiales, la Chine et les Etats-Unis doivent tout faire pour mener une coopération constructive et efficace.

    Il est certain et indéniable qu'il existe entre les deux pays pas mal de différends, de désaccords et de litiges, tels que les problèmes de la vente d'armes à Taïwan, de l'« indépendantisme du Tibet » et de l' « indépendantisme du Xinjiang », alors que tous ces problèmes-là concernent les intérêts vitaux et fondamentaux de la Chine, tandis que les Etats-Unis créent souvent des ennuis et des problèmes en utilisant ces problèmes pour chercher noises à la Chine. Par exemple, en ce qui concerne les activistes du ‘Kurdistan oriental' emprisonnés à Guantánamo, les Américains ont décidé de les relâcher, malgré qu'ils sont membres d'authentiques organisations terroristes désignées par l'ONU et par les Américains eux-mêmes, et au lieu de les remettre à la Chine, ils demandent à des pays tiers de les accueillir sous le prétexte qu'ils ne « constituent plus des menaces » aux Etats-Unis. Dans ce cas-là, serait-il possible que la définition de ‘terroriste' est décidée par s'ils constituent une menace pour les Etats-Unis seuls ? Et même s'ils ne sont pas des dangers pour ces derniers, alors pourquoi le Congrès américain et les masses populaires américaines ne désirent pas et refusent catégoriquement qu'ils sont installés sur le sol américain ?

    Avant son départ des Etats-Unis, le Président Obama a déclaré, lors d'une interview accordé à des journalistes, qu'il espère que la Chine deviendra un grand pays ‘responsable'. En réalité de notre côté, nous souhaitons que les Etats-Unis soient également un grand pays ‘responsable', car parfois ils font preuve d'une ‘irresponsabilité étonnante et surprenante'. Laissons tout d'abord à côté leur action irréfléchie de déclencher à la légère une guerre en Irak, laquelle guerre a apporté d'immenses malheurs aux Irakiens, aux Américains, de même qu'aux autres peuples du monde et ne poursuivons pas maintenant l'irresponsabilité des financiers de Wall Street qui ont provoqué la crise financière et économique mondiale, et parlons un peu des présents conflits commerciaux entre les Etats-Unis et la Chine : que ce soit le cas de la protection fiscale spéciale à l'encontre des pneus importés de  Chine, de l'imposition à l'égard des tubes destinés aux puits de pétrole, ou que ce soit les enquêtes antidumping menées contre le papier pour tailles douces et contre le phosphate, tous ne tiennent aucunement compte de la situation d'ensemble des relations bilatérales des deux pays pour satisfaire seulement les intérêts de certains groupes américains.

    Les relations sino-américaines sont vraiment très importantes, et elles ont passé par de dures épreuves avant de pouvoir atteindre le niveau des « relations complètes de coopération active et positive », c'est pourquoi, que ce soit en considérant les intérêts nationaux de chacune des deux parties ou que ce soit en tenant compte de la paix et du développement de toute l'humanité, ces relations méritent d'être prises en considération et chéries précieusement par les gouvernement et les peuples des deux pays. Tout le monde souhaite que la présente visite en Asie du Président Obama soit un voyage d'‘écoute sérieuse' couronné de succès.