cai fangbai

  • RELATIONS SINO-FRANCAISES

    Que doit-on faire pour créer une situation nouvelle aux 45 années suivantes des relations sino-françaises ?

    Le caractère stratégique et particulier des relations bilatérales entre les deux pays existe toujours, pourvu qu'on transcende les préjugés idéologiques, tout problème peut être réglé de façon adéquate et judicieuse.

    J'ai passé au total vingt quatre années en France à commencer par l'établissement de l'Ambassade de Chine en France dont j'ai participé au travail puis en assumant par la suite la fonction d'Ambassadeur de Chine accrédité auprès du gouvernement français. Ce qui est profondément gravé dans ma mémoire, c'est l'événement du 27 janvier 1964 : les gouvernements chinois et français ont publié en même temps chacun de son côté un bref communiqué conjoint en deux phrases annonçant l'établissement des relations diplomatiques au niveau d'ambassadeur entre les deux pays.

    L'histoire a démontré que les relations sino-françaises ont toujours revêtu un caractère stratégique et particulier et ont marqué profondément la politique internationale et le développement de la situation mondiale. Quarante cinq années sont écoulées depuis et aujourd'hui ce que tout le monde s'intéresse en général, c'est que doit-on faire pour poursuivre l'œuvre des prédécesseurs et pour ouvrir de nouvelles perspectives aux relations sino-françaises qui ont été perturbées ?

    La situation difficile est due à l'appréciation erronée de la partie française quant à l'évolution de l'échiquier international.

    Au cours des 45 années qui ont suivi l'établissement de leurs relations diplomatiques, les relations entre la Chine et la France ont connu des jours rayonnants de grâces printanières, mais également des jours sombres et tumultueux. Ces dernières années, et surtout en 2008, la situation internationale a connu un profond changement et une importante réorganisation. Les principaux événements d'importance, dont la crise financière internationale, le conflit entre la Russie et la Géorgie, la réussite des Jeux Olympiques de Beijing, … etc., montrent que la puissance de l'Occident a diminué relativement et que la capacité de celui-ci de contrôler les affaires internationales est amenuisée. Parallèlement, de nouvelles puissances émergentes ont fait leur apparition dans le monde, leur influence s'accroît de jour en jour et elles jouent un rôle grandissant quant à l'évolution de la situation internationale. Dans le contexte ci-dessus, il est apparu dans les relations sino-françaises des éléments les plus instables depuis le début des années 90 du siècle dernier. Et surtout après les troubles et les émeutes qui ont éclaté le 14 mars 2008 à Lhassa où les fauteurs de désordre ont profité de l'occasion pour commettre des actes de violence, de destruction, de pillage et d'incendie, les médias français dans leur ensemble ont tout fait pour noircir l'image de la Chine. Les autorités françaises ont tenu à maintes fois des propos négatifs à l'encontre de la Chine et ont lié les Jeux Olympiques de Beijing au problème du Tibet. Lors du passage à Paris du relais de la flamme olympique, la relayeuse handicapée Jin Jin a été attaquée par un malfaiteur qui a tenté d'arracher la torche qu'elle tenait dans ses mains. La mairie de Paris ne s'est pas laissé dépasser sur ce point-là, elle a décerné au Dalai Lama le titre de « citoyen d'honneur » de la ville de Paris. Ce qui est encore plus grave, c'est qu'au moment où les relations bilatérales étaient en voie de rétablissement, le dirigeant français, au mépris des démarches répétées entreprises par la partie chinoise, s'était obstiné à rencontré avec fanfaronnades et vantardise, en tant que Président de la République française et Président tournant de l'Union européenne, le Dalai Lama qui est de fait un réfugié politique qui se consacre depuis longtemps à la division et à la séparation de la patrie. Le problème du Tibet concerne la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Chine. Les agissements de la partie française portent atteinte aux intérêts vitaux et fondamentaux de la Chine et c'est cela qui met une fois de plus en péril les relations sino-françaises.

    On se demande pourquoi la partie française se montre inconstante et capricieuse en se dédisant, en se rétractant et en se déchaînant pour faire des histoires au sujet du problème du Tibet et des Jeux Olympiques de Beijing ? Je pense que la raison principale c'est que la partie française n'a pas tenu compte de l'évolution rapide et complexe de la situation internationale et elle a oublié que le caractère stratégique et particulier des relations sino-françaises non seulement ne s'est pas affaibli ni diminué dans notre monde actuel, il s'est au contraire renforcé et accru. Cet oubli a fait qu'elle a commis des actes nuisant aux intérêts fondamentaux de son partenaire stratégique. D'autre part, le développement rapide de la Chine fait pression sur la France et lui apporte des inquiétudes. Ne pouvant s'adapter à cette situation qui lui semble quelque peu intenable, la France tente alors d'utiliser les Jeux Olympiques de Beijing et le problème du Tibet pour faire pression sur la Chine. En outre, elle crée des difficultés à cette dernière quant à d'autres problèmes, tels que le droit de propriété intellectuelle, le taux de change du renminbi, le déficit commercial, la politique chinois à l'égard de l'Afrique, … etc., ce afin de faire obstacle au processus de développement de la Chine. Elle joue également à l'encontre de celle-ci la carte des droits de l'homme pour tenter détourner l'attention et pour diminuer autant que possible la pression sur elle.

    Le caractère stratégique et particulier des relations sino-françaises existe toujours.

    L'avenir en perspective m'inspire toujours une grande confiance et une pleine espérance quant à l'avenir du développement des relations entre la Chine et la France. En remémorant le parcours du développement des relations des deux pays durant les 45 années passées, je suis persuadé que le caractère stratégique et particulier des relations sino-françaises existe toujours. Ca été toujours ainsi que ce soit qu'elles se développent de façon satisfaisante ou que ce soit qu'elles rencontrent des difficultés, car le développement complet des relations de partenariat stratégique entre la Chine et la France répond non seulement aux intérêts fondamentaux des deux pays, mais contribue également à la paix, à la stabilité et au développement commun du monde entier.

    Sur le plan politique, les points en commun sont plus nombreux que les points litigieux. La Chine et la France préconisent toutes les deux l'établissement d'un monde multipolaire et utilisent ensemble le pluralisme et le multilatéralisme pour faire face aux défis lancés à la face du monde. Les deux pays appliquent tous les deux une politique diplomatique indépendante et autonome. Leur position est identique ou semblable sur de nombreux problèmes internationaux d'importance, c'est pourquoi les deux parties peuvent coordonner et coopérer réciproquement pour régler ces problèmes.

    Sur le plan économique, la Chine et la France sont d'importants partenaires de coopération économique et technologique. Malgré que suite à l'agrandissement de la puissance effective générale de la Chine, la concurrence des deux pays sur le marché international augmente sans cesse, mais leur complémentarité reste toujours en première position. La Chine a besoin des technologies et des expériences de gestion avancées de la France, ainsi que de ses équipements sophistiqués, alors que celle-ci a besoin de son côté du marché toujours grandissant de la Chine et de ses produits de bonne qualité et à bas prix. Les deux parties peuvent en outre coopérer en faisant valoir chacune ses supériorités et ses avantages. A ce titre-là, elles peuvent procéder ensemble à des recherches scientifiques et au développement et étendre ensemble leurs affaires sur le marché d'un pays tiers, créant ainsi une situation de « double gagnant ». Pour faire face à la plus grave crise financière internationale depuis plus de sept décennies, il est particulièrement important que les deux parties renforcent leur coopération et leur coordination.

    Sur le plan culturel, la Chine et la France sont toutes les deux des anciens pays dotés d'un passé plusieurs fois millénaires, d'une civilisation brillante et d'une culture rayonnante. Les deux parties préconisent toutes les deux la pluralité culturelle et sont décidées à contribuer par leurs efforts au dialogue et aux échanges entre différentes civilisation et à l'établissement d'un monde harmonieux caractérisé par une paix durable et une prospérité commune.

    Les points communs susmentionnés sont en fait les précieux acquis réalisés par les deux parties durant de longues années et ils constituent la source de la force potentielle qui promeut le développement continuel des relations bilatérales entre les deux pays qui doivent les apprécier et les prendre en considération et leur attacher un grand prix.

    La transcendance des préjugés idéologiques permet d'apporter une solution judicieuse aux problèmes.

    Il existe certainement une différence notable entre la Chine et la France quant à leur système social, à leur contexte culturel et à leur niveau de développement, c'est pourquoi il est tout à fait naturel qu'il y ait entre les deux des litiges et des différends quant à certains problèmes. Les relations sino-françaises sont entrées actuellement dans une phase clé et l'on se demande comment doit-on faire pour poursuivre l'œuvre des prédécesseurs et pour ouvrir de nouvelles perspectives au développement de ces relations. « Le nœud doit être dénoué par celui qui l'a fait », « la clochette doit être décrochée par celui qui l'a accrochée », le problème important du moment c'est que la partie française doit envisager sérieusement les préoccupations de la parties chinoise et prendre des mesures effectives pour remédier au préjudice et au dommage qu'elle a causé aux relations bilatérales, pour dissiper l'effet négatif, pour renforcer la confiance politique mutuelle et pour construire ensemble avec la partie chinoise un avenir radieux aux 45 années suivantes des relations de coopération amicale entre la Chine et la France.

    (Auteur de cet article : Cai Fangbai, ancien Ambassadeur de Chine en France)