ben laden

  • Ben Laden immergé dans une mer de points d'interrogation , point de vue chinois

    Par Wei Jianhua et Deng Yushan

     Grâce à la technologie moderne, en particulier grâce aux images par satellite et aux images transmises en direct par les systèmes vidéo dont sont équipés les combattants, la vérité ne devrait plus être la première victime de la guerre.

    Pourtant, une pléthore de soupçons et de questions ont surgi autour de la mort d'Oussama ben Laden suite au raid qui l'a ciblé et que beaucoup ont acclamé.

    Une longue tradition de "récit de guerre" de Washington - émaillé de faits inexacts et en particulier de désinformation délibérée au service de la guerre psychologique - a même alimenté une théorie du complot selon laquelle la mort de Ben Laden serait une fiction.

    En outre, ce qui est considéré comme un tournant dans la campagne mondiale contre le terrorisme a également suscité des interrogations concernant la forte présence militaire américaine en Afghanistan et la coopération antiterroriste américano-pakistanaise.

    PEUT-ON CROIRE DES RECITS CONTRADICTOIRES?

    Bien que les autorités américaines aient déclaré que les tests ADN, réalisés en comparant les échantillons prélevés sur la dépouille de Ben Laden et sur des membres de sa famille, avaient permis d'identifier le corps avec un degré de "certitude de 99,9%", beaucoup de gens, en particulier dans le monde musulman, ne sont toujours pas convaincus de la disparition du chef d'Al-Qaïda.

    Même une déclaration d'Al-Qaïda, publiée sur un site web prétendant être géré par l'organisation terroriste, confirmant que Ben Laden avait été tué par les forces spéciales américaines des Navy SEALs dimanche dernier, a échoué à étouffer les soupçons.

    "Il est naturel et normal que les gens se posent un certain nombre de questions sur la mort de Ben Laden, du fait que tant d'éléments restent sans réponse", a confié à Xinhua un habitant d'Abbottabad, ville située non loin de la capitale Islamabad, où Ben Laden se cachait et a été tué par les Navy SEALs.

    En Afghanistan, le mouvement des talibans, qui avait été un proche allié d'Oussama ben Laden, a affirmé plus tôt dans un communiqué qu'il était "prématuré" de commenter la mort, du fait qu'on ne disposait d'"aucun document convaincant" pour prouver l'allégation américaine.

    Parmi les soupçons entourant la mort de Ben Laden, figure notamment le refus des autorités américaines de publier les photos de la dépouille. Même certains parlementaires américains, républicains comme démocrates, ont reconnu qu'il serait probablement nécessaire que le gouvernement publie des photos pour éviter que les théories du complot ne s'enracinent dans les esprits.

    Jusqu'à présent, le président américain Barack Obama a refusé de publier les photos du corps de Ben Laden, arguant d'une possible réaction violente de la part du monde musulman et affirmant que les Etats-Unis ne devaient pas brandir de "trophées" de leur victoire.

    Mais les commentaires des journaux au Moyen-Orient ont estimé que l'absence de photos ainsi que l'immersion à la hâte du corps de Ben Laden en mer contrastaient singulièrement avec la publication des photos de cadavres d'Uday et de Qusay Hussein, deux fils de l'ancien dirigeant irakien Saddam Hussein, tués par l'armée américaine en 2003.

    En outre, les détails incompatibles émanant de la Maison Blanche sur le raid du commando ont également alimenté les soupçons. La Maison Blanche a admis mardi soir que son premier compte-rendu public sur la mort de Ben Laden était truffé d'erreurs.

    Lundi dernier, la Maison Blanche a annoncé que Ben Laden était armé et avait pris part à un échange de tirs, et que c'était la raison pour laquelle les Navy SEALs avaient choisi de le tuer tout de suite. Dans une reculade embarrassante mardi, l'attaché de presse de la Maison Blanche Jay Carney a admis que Ben Laden n'avait pas tiré sur les Navy SEALs. "Il n'était pas armé", a corrigé M. Carney.

    Ce qui s'est également avéré faux, c'est la description initiale qui a été faite de la scène de l'assaut, Ben Laden utilisant une femme comme "bouclier humain", la forçant à sacrifier sa vie, suggérant par là même un comportement lâche du cerveau d'Al-Qaïda. La femme est toujours vivante et a été placée sous garde avec plusieurs des enfants de Ben Laden, selon la nouvelle version de M. Carney.

    La question de la légalité de l'exécution a également été soulevée, certains se demandant pourquoi Ben Laden n'avait pas été capturé vivant, étant donné qu'il n'était pas armé lorsqu'il a été abattu.

    Le directeur de la CIA, Leon Panetta, a déclaré dans une interview à "NBC Nightly News" que les Navy SEALs avaient obtenu l'autorisation du président américain Barack Obama de tuer l'homme le plus recherché des Etats-Unis. Beaucoup pensent que son élimination physique permet d'épargner au gouvernement un long processus judiciaire et des attaques de représailles d'Al-Qaïda lors d'un éventuel procès de Ben Laden.

    Jeff Greenfield, un ancien correspondant américain, a écrit dans le quotidien The Washington Post que pour les autorités américaines, un procès aurait constitué "un défi beaucoup plus conséquent" que l'exécution de Ben Laden.

    Faisant écho au sentiment de ses collègues, Christof Heyns, l'enquêteur indépendant des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, a appelé les Etats-Unis à révéler davantage de détails sur le raid contre Ben Laden au Pakistan pour permettre aux experts d'évaluer la légalité de son exécution.

    M. Heyns a déclaré dans un communiqué vendredi que Washington "doit dévoiler les faits justificatifs pour permettre une évaluation en termes de normes internationales relatives aux droits de l'Homme" et qu"'il sera particulièrement important de savoir si la planification de la mission permettait une tentative de capture de Ben Laden".

    D'autres se sont également interrogés sur la date de l'annonce de la mort du chef d'Al-Qaïda. Beaucoup ont noté que l'information tombait à point nommé pour Obama, à un moment où les sondages indiquaient une baisse de sa cote de popularité alors qu'il se prépare pour sa réélection l'an prochain. Or le soutien de l'opinion publique au président a rebondi de façon spectaculaire après l'annonce.

    UNE MORT HANDICAPANTE POUR AL-QAIDA ?

    Le président Obama a déclaré que la mort de Ben Laden représentait la réalisation la plus importante à ce jour dans les efforts américains pour vaincre Al-Qaïda.

    Tout en reconnaissant que l'élimination de son chef porterait un coup psychologique au réseau terroriste international, de nombreux analystes estiment que la lutte contre le terrorisme international est loin d'être terminée.

    Ben Laden était plutôt le président d'honneur du conseil d'administration, et pas vraiment le directeur général de l'entreprise terroriste, a expliqué à Xinhua Scott Stewart, vice-président du renseignement tactique à la société de renseignements américaine Stratfor. Au sein du groupe terroriste, la plupart des questions relatives à l'organisation sont gérées par des subordonnés, a-t-il fait remarquer. Ben Laden "était plus une figure de proue".

    "Il est très important pour nous de ne pas oublier que le mouvement djihadiste est beaucoup plus large que le seul noyau que constitue l'organisation Al-Qaïda, qui est juste une petite avant-garde", a-t-il averti. Al-Qaïda n'est pas la seule organisation terroriste dans le monde.

    Au fil des années, Al-Qaida a évolué d'une simple organisation en une idéologie du terrorisme mondial, et s'est décentralisé. Ben Laden, pourchassé pendant plus de 10 ans, avait largement perdu le contrôle des cellules terroristes et faisait office de figure symbolique.

    Beaucoup de groupes terroristes régionaux et locaux ont émergé, adoptant pour idéologie dominante la doctrine d'Al-Qaida. Ils continueront à agir et pourraient devenir plus virulents dans les prochains jours.

    Le quotidien américain Wall Street Journal a rapporté lundi que lors des attentats du 11 septembre 2001, Al-Qaïda ne comptait qu'environ 200 membres. Mais maintenant le réseau est "plus étendu qu'au moment où les Etats-Unis ont décidé de combattre".