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  • Les Chinois s'opposent à la vente en France,d'un sceau de l'empereur Qianlong volé lors du pillage du palais d'Eté à Beijing

     

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    Un sceau en jade de l'empereur Qianlong, de la dynastie des Qing, a été vendu à un enchérisseur asiatique le 24 novembre dans la ville française de Saint-Brieuc pour 500 000 euros. Cette vente aux enchères a suscité de vives réactions parmi les internautes chinois, dès lors qu'il s'agirait d'une antiquité dérobée lors du pillage de l'ancien palais d'Eté (Yuanmingyuan).

    Le sceau, de 9,3 cm sur 4,2 cm, porte un décor sculpté représentant une montagne. Son ancien propriétaire l'avait retrouvé chez un homme fortuné après son décès, il était placé sous une vitrine à l'abri des regards. Selon des sources proches du dossier, son acquéreur se le serait adjugé par téléphone afin de garder l'anonymat. La maison chargée de la vente n'a quant à elle pas voulu reconnaître que le sceau provenait de l'ancien palais d'Eté, et s'est contentée de déclarer : « On retrouve dans la baie de Saint-Brieuc bon nombre d'objets d'Extrême-Orient rapportés par des marins depuis le XVIIIe siècle ».

    Dans le passé, plusieurs sceaux impériaux en jade de la dynastie des Qing ont été vendus aux enchères en France. Ces ventes ont totalisé 5,5 millions d'euros en 2008, 3,3 millions d'euros en 2010, et 1,12 millions d'euros en 2012, et suscitent à chaque fois de vives protestations chez les internautes chinois. Ce fut le cas une fois encore, alors que, quelque soit le prix de vente, certains appellent à « boycotter les ventes de ces objets », qu'ils qualifient de véritables vols.

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    Les 7 et 8 octobre 1860, le fabuleux Palais d'Eté de Pékin, le Versailles chinois, est pillé par les Français et les Anglais, au terme d'une expédition militaire destinée à ouvrir la Chine au commerce occidental... et surtout à l'opium que les Anglais produisent aux Indes !

    Et oui, en ce temps là, la Compagnie des Indes et la reine Victoria étaient de simples dealers de drogue.

    Dix jours plus tard, sur ordre de Lord Elgin, il est incendié en représailles aux tortures et à la mort de prisonniers, otages des Chinois. Pour la Chine - et pour le patrimoine de l'Humanité -, la perte est immense, incalculable, irréparable. Le Palais d'Eté, le Yuanming yuan (qu'il ne faut pas confondre avec l'actuel Palais d'Eté de Pékin) était une des merveilles du monde. Il abritait en outre une extraordinaire collection d'œuvres d'art, amassée sur cent cinquante ans, et une inestimable bibliothèque. Tout fut pillé ou brûlé. A titre de comparaison, c'est comme si Versailles, Le Louvre et la Bibliothèque nationale avaient disparu.

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    Devant cet acte barbare, il y a des jours où on voudrait laisser éclater sa colère même si c'est 153 ans

    plus tard. Ce qui est scandaleux , c'est que cet acte déshonorant ne figure dans aucun manuel d'histoire,

    pas plus que la guerre de l'opium. Qui sait , en Europe , que la très respectable reine Victoria et son pays

    soi-disant exemple de démocratie ont déclaré la guerre à la Chine pour obliger les Chinois à acheter l'opium qu'ils cultivaient en masse en Turquie et en Inde.

    Tout cela tombe dans les oubliettes de la propagande , même si à l'époque, une voix , et pas n'importe laquelle s'est élevée pour protester et condamner .

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    Dans une lettre devenue célèbre en Chine, Victor Hugo exprime toute son indignation devant cet acte inqualifiable. Bien que dans un article précédent , je vous ai déjà présenté la fameuse lettre de Victor Hugo  ainsi que sa version chinoise, je ne résiste pas au plaisir de vous la présenter à nouveau.

    Au capitaine Butler

    Hauteville House, 25 novembre 1861

    Vous me demandez mon avis, Monsieur, sur l'expédition de Chine. Vous trouvez cette expédition honorable et belle, et vous êtes assez bon pour attacher quelque prix à mon sentiment ; selon vous, l'expédition de Chine, faite sous le double pavillon de la reine Victoria et de l'empereur Napoléon, est une gloire à partager entre la France et l'Angleterre, et vous désirez savoir quelle est la quantité d'approbation que je crois pouvoir donner à cette victoire anglaise et française.
    Puisque vous voulez connaître mon avis, le voici :
    Il y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde ; cette merveille s'appelait le Palais d'été. L'art a deux principes, l'Idée, qui produit l'art européen, et la Chimère, qui produit l'art oriental. Le Palais d'été était à l'art chimérique ce que le Parthénon est à l'art idéal. Tout ce que peut enfanter l'imagination d'un peuple presque extra-humain était là. Ce n'était pas, comme le Parthénon, une œuvre une et unique ; c'était une sorte d'énorme modèle de la chimère, si la chimère peut avoir un modèle. Imaginez on ne sait quelle construction inexprimable, quelque chose comme un édifice lunaire, et vous aurez le Palais d'été. Bâtissez un songe avec du marbre, du jade, du bronze et de la porcelaine, charpentez-le en bois de cèdre, couvrez-le de pierreries, drapez-le de soie, faites-le ici sanctuaire, là harem, là citadelle, mettez-y des dieux, mettez-y des monstres, vernissez-le, dorez-le, fardez-le, faites construire par des architectes qui soient des poètes les mille et un rêves des mille et une nuits, ajoutez des jardins, des bassins, des jaillissements d'eau et d'écume, des cygnes, des ibis, des paons, supposez en un mot une sorte d'éblouissante caverne de la fantaisie humaine ayant une figure de temple et de palais, c'était là ce monument. Il avait fallu, pour le créer, le lent travail des générations. Cet édifice, qui avait l'énormité d'une ville, avait été bâti par les siècles, pour qui ? Pour les peuples. Car ce que fait le temps appartient à l'homme. Les artistes, les poètes, les philosophes, connaissaient le Palais d'été ; Voltaire en parle. On disait : le Parthénon en Grèce, les pyramides en Egypte, le Colisée à Rome, le Palais d'été en Orient. Si on ne le voyait pas, on le rêvait. C'était une sorte d'effrayant chef-d'oeuvre inconnu entrevu au loin dans on ne sait quel crépuscule, comme une silhouette de la civilisation d'Asie sur l'horizon de la civilisation d'Europe.
    Cette merveille a disparu.
    Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d'été. L'un a pillé, l'autre a incendié. La victoire peut être une voleuse, à ce qu'il paraît. Une dévastation en grand du Palais d'été s'est faite de compte à demi entre les deux vainqueurs. On voit mêlé à tout cela le nom d'Elgin, qui a la propriété fatale de rappeler le Parthénon. Ce qu'on avait fait au Parthénon, on l'a fait au Palais d'été, plus complètement et mieux, de manière à ne rien laisser. Tous les trésors de toutes nos cathédrales réunies n'égaleraient pas ce formidable et splendide musée de l'Orient. Il n'y avait pas seulement là des chefs-d'oeuvre d'art, il y avait des entassements d'orfèvreries. Grand exploit, bonne aubaine. L'un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l'autre a empli ses coffres ; et l'on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l'histoire des deux bandits.
    Nous européens, nous sommes les civilisés, et pour nous les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie.
    Devant l'histoire, l'un des deux bandits s'appellera la France, l'autre s'appellera l'Angleterre. Mais je proteste, et je vous remercie de m'en donner l'occasion ! Les crimes de ceux qui mènent ne sont pas la faute de ceux qui sont menés ; les gouvernements sont quelquefois des bandits, les peuples jamais.
    L'empire français a empoché la moitié de cette victoire, et il étale aujourd'hui, avec une sorte de naïveté de propriétaire le splendide bric-à-brac du Palais d'été. J'espère qu'un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée.
    En attendant, il y a un vol et deux voleurs.
    Je le constate.
    Telle est, Monsieur, la quantité d'approbation que je donne à l'expédition de Chine.

    Victor Hugo

     

    153 ans ont passé et la Chine attend toujours .