02/05/2011

Le thé remplace le vin en Chine

Les amateurs s’arrachent les grands crus

Une nouvelle tendance se dessine en Chine dans les milieux les plus aisés : si certains sont ravis de dépenser 2000 euros pour une bouteille de Château Lafite Rothschild, l’un des crus les plus chers au monde, d’autres se tournent désormais vers la boisson chinoise traditionnelle, dont la culture remonte à des milliers d’années.

Il est aujourd’hui de bon ton d’investir dans les thés les plus rares, de la même façon que certains financiers placent leur argent dans leur cave en collectionnant les meilleures bouteilles.

L’agence de presse Xinhua a rapporté que la récolte de printemps du thé Longjing (« Puits du Dragon » en français), c'est-à-dire celle dont les feuilles doivent être cueillies avant début avril, s’est pré-vendue pour 60 000 yuans (soit environ 6500 euros) le kilo.

Une fois emballé dans de luxueux coffrets, ce genre de thé sert généralement de cadeaux d’affaires, explique Zhu Baichang, président du Hangzhou Longjing Tea Group.

 Le thé remplace le vin en Chine

Préparation du thé dans une maison de thé de Maliandao, dans le sud de Pékin, qui regroupe les magasins les plus prestigieux. [China Daily]

 

Et devant les prix de prévente du Longjing de printemps, le marché s’attend à une hausse généralisée sur toutes les récoltes de printemps. Les experts annoncent une augmentation moyenne du prix de vente des agriculteurs de 15%, résultat d’une explosion de la demande, de conditions météorologiques garantissant une qualité exceptionnelle et d’une hausse du coût de la main-d’œuvre. Pour certaines marques, le prix au détail pourrait monter de plus de 50% cette année.

Le printemps est la saison-clé pour la récolte du thé, puisque le temps sec et froid ayant précédé le bourgeonnement est particulièrement favorable à la plante. Selon l’Association pour la Promotion du Thé de Chine (APTC), la récolte de printemps, qui ne représente que 39% du volume total produit dans l’année, rapporte en revanche 75% des bénéfices annuels.

La rue de Maliandao, dans le sud de Pékin, est bordée de maisons et de salons de thé. Et ici, on ne chôme pas, loin s’en faut ; les affaires marchent même de mieux en mieux ! « Avant on fermait boutique à 18 heures, mais maintenant on reste ouverts jusque 20 heures, » s’exclame Chen Jiatong, marchande de thé du Fujian, d’où viennent également la plupart des acteurs du milieu. « On vend en moyenne une centaine de coffrets de présentation par jours ces temps-ci, contenant 500 grammes de thé Longjing. Ceux qui se vendent les mieux, ce sont les coffrets à 600 et 1000 yuans, » précise-t-elle.

Elle explique que cette année, la récolte de printemps n’est pas arrivée sur le marché avant la mi-mars, soit 2 semaines plus tard que d’habitude, car le printemps a été plus frais que les années précédentes. Résultats : une cueillette plus tardive qui a réduit la quantité mais dont la qualité a profité, deux facteurs qui ont fait monter les prix.

Même son de cloche dans une maison de thé voisine, la Baoxing Haixin Tea Ltd, qui cultive du thé vert bio dans le Sichuan : ici, on prévoit une hausse de 20 à 30% des prix. « Notre thé est encore dans les champs. Mon patron vient d’appeler et il a donné le prix minimum de 2400 yuans le kilo, » explique Zeng Yao, qui gère une entreprise de vente en gros.

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Zeng raconte que le propriétaire de l’entreprise, Zhang Haixin, est resté 20 ans dans le commerce du papier avant de tout plaquer en 1991, convaincu de l’avenir de la vente de thé de qualité. Là, il a acheté 20 hectares de terre où étaient cultivés une variété régionale de thé appelée « Zhuyeqing » (« feuille de bambou ») selon les principes bio. Chaque année, au printemps, l’entreprise fait venir de la main d’œuvre qualifiée de Hangzhou, dans le Zhejiang, où pousse le fameux Longjing. Et avec l’avènement du bio, le placement de Zhang s’est montré plus que judicieux.

On compte principalement 8 types de thé en Chine, parmi lesquels les célèbres thés vert, noir, oolong, et pu’er. Les méthodes préparation varient en fonction du type de thé : alors que les feuilles de thé sont séchées pour le thé vert, elles sont fermentées pour le thé noir et séchées puis fermentées pour le thé oolong, restant vertes en leur milieu et rouges à leurs extrémités.

« Etant donnée l’immense variété des thés appréciés en Chine, c’est impossible pour l’industrie chinoise de suivre le modèle Lipton, qui propose du thé aromatisé et sans véritable cru, » explique Wu Xiduan, secrétaire général de l’APTC.

 

Le gouvernement chinois s’est longtemps inquiété devant la multitude d’entreprises dans ce secteur qui manque toujours d’acteurs forts, inquiétude traduite par une formule courante : « il faut 70 000 maisons de thé chinoises pour concurrencer Lipton ».

Le Ministère de l’Agriculture s’est d’ailleurs fixé pour objectif en 2009 la création de 4 zones de production centralisées et l’amélioration de la qualité du thé récolté via le développement de nouvelles méthodes de cultures d’ici 2015.

En 2009, la Chine comptait 1,86 million d’hectares de terre dédiés entièrement à la culture du thé, la plus grande surface au monde. Cette année-là, le pays est également arrivé premier en termes de production, avec 1,35 million de tonnes récoltées. Plus de 80 millions de personnes en Chine travaillent dans le secteur du thé, que ce soit comme agriculteurs, ouvriers ou bien vendeurs. Malgré ces chiffres, le pays peine à imposer une marque forte à l’international – en dépit donc de ses 70 000 entreprises.

 

 

« Pour nous, l’avenir du secteur, c’est le thé grand cru, le thé de qualité, et des clients soucieux de la variété et de l’origine des cultures, comme pour le vin français. Et pour le thé de qualité moindre, une méthode de vente à la Lipton, » prédit Wu.

Même si pour lui, le thé qui se vent à 60 000 yuans restent une exception, le public sait que s’il veut investir, seuls certains types de thé cultivés dans certaines zones bien précises font l’affaire. Tout comme pour le vin, les terrains doivent présenter les caractéristiques climatiques correspondant précisément à la variété de thé cultivée et la production doit être strictement limitée.

Alors que la culture du thé s’est développée en Chine au cours des siècles, les amateurs ont peu à peu recherché le plaisir des yeux autant que celui du palais, et la forme des feuilles fait désormais partie des critères séparant un bon thé d’un cru exceptionnel.

Tendance constatée dans plusieurs domaines, les nouveaux riches chinois se tournent depuis peu vers la glorieuse histoire du pays, et le rituel du thé, attribut de la noblesse chinoise et tel que décrit dans de nombreux ouvrages, attire de plus en plus les couches fortunées. Exemple de la vision romantique du thé dans la littérature ancienne : dans le Rêve du Pavillon Rouge, la belle Miaoyu cueille des fleurs de pruniers couvertes de neige afin de les enterrer dans des jarres sellées pendant 5 ans, les transformant ainsi en un thé délicieux et très recherché.

 

Une histoire qui donne des idées aux entrepreneurs chinois : Sichuan Emei-Shan Zhuyeqing Tea Co Ltd veut jouer sur cette image de raffinement historique. La compagnie, l’une des plus grandes du pays en termes de vente, propose à ses clients un coffret cadeau coûtant 23 800 yuans (2600 euros environ) et baptisé « Printemps et Automne de la Dynastie Han ». Contenant 500 grammes de thé aux feuilles parfaitement formées, la boîte laquée de rouge et de noir rappelle les objets de la dynastie dont elle se réclame (260 avant JC – 220 après JC).

L’entreprise compte plus de 100 boutiques en Chine, dont 15 à Pékin. Beaucoup sont situées près de supermarchés de luxe pour mieux cibler la clientèle. Dans les magasins, les clients peuvent goûter les différentes variétés de thé et découvrir les coffrets. La série « Lun Dao » par exemple, dessinée par le designer hong-kongais Chen Youjian, se vend à 3000 yuans l’exemplaire, et les collectionneurs se les arrachent.

Avec la hausse des prix en cours, quelques amateurs fortunés ont quant à eux décidé de mettre la main au porte-monnaie pour s’assurer leur propre récolte. Ainsi M. Li, artiste de Pékin, est propriétaire de 2 pieds de théier dans la ferme d’un de ses amis au sommet du Mont Huangshan, dans l’Anhui, seul endroit où pousse la variété Huangshan Maofeng. Le thé récolté chaque année sur ses arbustes, il l’offre en cadeau à ses nouveaux clients et partenaires.

« Près de 10% de nos clients viennent ici avec leur propre thé, » confirme Zhu Jinwu, propriétaire du salon de thé Beijing Jiangchashuiji. « Certains ont reçu en cadeau du très bon thé de leurs amis ou de leurs relations d’affaires. Ils veulent donc le boire dans les meilleures conditions possibles, avec le rituel adapté et une eau particulièrement pure. Parfois ils nous demandent aussi une estimation de la valeur de leur thé, » précise-t-il.

 

  

19:59 Écrit par wang dans Actualité, Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : chine, thé, thé vert, fujian, yunnan | |  Facebook | | |  Imprimer |

Commentaires

Très bon article sur l'état du thé en Chine de nos jours. En France aussi les amateurs de thé sont à la recherche du terroir et des millésimes. Les anglais l'ont déjà bien pratiqué sur certaines de leurs anciennes plantations comme Darjeeling. La Chine a tout a gagner sur la traçabilité de leurs thés!!

Écrit par : Thé chinois millesimé | 03/05/2011

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